Un peu de politique pour les Fêtes
Selon un dicton populaire, il vaut mieux ne pas parler de religion et de politique si on souhaite éviter la chicane entre collègues, entre amis ou en famille. Mais alors, avec qui et quand peut-on en parler? Affirmer qu’il ne faut pas discuter avec notre entourage de ces deux sujets importants sur les plans individuel et collectif revient presque à dire qu’il ne faudrait jamais en parler. À mon point de vue, ce dicton n’a pas d’allure parce qu’il nous condamne à ne discuter que de sujets insignifiants. Je vous propose donc, pour la période des Fêtes, de briser le tabou et de mettre un peu de politique dans la discussion. Afin d’alimenter ces échanges, voici une petite analyse des forces en présence sur la scène québécoise.
Tous, en cette fin d’année 2007, pourront probablement s’entendre sur au moins une chose : les trois principaux partis ne sont pas au meilleur de leur forme. Cet aveu devrait donc inciter tout le monde, même les plus partisans, à la prudence.
Les libéraux de Jean Charest ne suscitent pas l’enthousiasme. Le grand parti qui a fait la Révolution tranquille n’est plus l’ombre de lui-même. Depuis sa réélection à titre de gouvernement minoritaire en mars 2007, il a mieux fait que lors de son premier mandat, mais sa gestion improvisée, sans vision, déçoit. Sa volonté d’investir massivement dans les infrastructures (écoles, hôpitaux, routes) et son projet de loi sur la sécurité routière sont de bons coups, mais, pour le reste, c’est le vide. Un parti au pouvoir qui se contente du statu quo constitutionnel, qui n’a rien à dire sur le recul de la place du français au Québec et dont les politiques sociales sont insignifiantes n’est pas un parti d’avenir. Dans Lanaudière, les citoyens semblent partager ce constat puisque les libéraux n’ont vraiment pas la cote.
L’ADQ, en mars 2007, avait le vent dans les voiles. Les électeurs de Lanaudière, notamment, ont alors choisi de donner une chance à ce parti. Depuis, la déception guette. L’ADQ, en effet, n’a enfourché que de mauvais chevaux de bataille. Sa croisade désordonnée contre les commissions scolaires a foiré et sa proposition de couper les vivres aux assistés sociaux après quatre ans relevait plus de la mesquinerie que de l’action constructive. Le bras droit de Dumont, Gilles Taillon, a même flirté avec l’idée de réformer encore une fois les cégeps, un combat d’arrière-garde rejeté par la population il y trois ans à peine. Parti d’un seul homme, l’ADQ change d’idées comme de chemise, multiplie les maladresses (ses députés peinent à lire leurs questions à l’Assemblée nationale et semblent incapables d’écrire sans faire de fautes) et ne fait que dénoncer sans proposer de solutions de rechange valable. Quant à ses députés lanaudois, force est de constater qu’ils ne font guère mieux que leurs collègues. Imaginer l’ADQ au gouvernement, c’est imaginer des amateurs de droite au pouvoir. Pas très rassurant.
Le Parti québécois de Pauline Marois fait un peu mieux, mais ne brille pas pour autant. Son projet de loi sur l’identité, malgré quelques défauts, montre qu’il se préoccupe vraiment de la protection du français et que, en attendant la souveraineté, il tente de faire progresser le Québec sur la voie de l’autonomie. Dans les dossiers sociaux, toutefois, le PQ manque de direction. À titre de formation traditionnellement de centre-gauche, qu’attend-il pour se prononcer clairement en faveur d’un système de santé vraiment public? Qu’a-t-il à dire sur l’école? Comment entend-il combattre la pauvreté? Selon de récents sondages, le PQ est certainement celui des trois partis principaux qui inspire le plus confiance, mais c’est un peu par défaut. Comte tenu des faiblesses de ses adversaires, on s’attend à mieux de sa part. Dans Joliette, l’éventuelle candidature d’Henri Mondor est une bonne nouvelle, mais il va falloir plus que ça pour relancer le PQ. Plus à gauche, Québec solidaire suscite bien sûr des sympathies, mais il est loin d’avoir fait la preuve qu’il constitue une option de gouvernement.
Voici, me semble-t-il, un beau programme pour animer les discussions autour de la dinde. La conversation politique aussi est une fête. Celle de la démocratie.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
Note : L'opinion énoncée ci-haut n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement la position de l'éditeur ou du journal.
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 13 décembre 2007Vous écrivez:"Parti d’un seul homme, l’ADQ change d’idées comme de chemise..".
Ce parti a été fondé au début des années '90 avec, comme "Bible", le Rapport Allaire, lequel recommandait le rapatriement de nombreux pouvoirs.C'était, en fait, une souveraineté tronquée.Or, une dizaine d'années plus tard, Dumont s'est dépêché d'aller faire un discours à Toronto pour dire, qu'en fait, il n'y avait pas de problème.
Maintenant c'est "l'autonomie provinciale"! Les gens de mon âge réentendent le discours suranné et creux de Duplessis dans les années '50.
Dans la région, le cas du député Benjamin est typique.Se disant souverainiste, il claironne pour l'ADQ.