Tanné des pardons
Je dois dire d'emblée que les demandes de pardon et les excuses publiques me laissent plutôt froid. Il y a certes des cas où l'État doit s'excuser pour des gestes de discrimination ou de mauvais traitements subits par des citoyens. C'est le cas des orphelins de Duplessis où clairement l'action gouvernementale a littéralement gâché des vies. C'est aussi le cas de Maher Arar, ce citoyen canadien torturé en Syrie à cause de mauvais renseignements fournis par la Gendarmerie royale du Canada. Ces excuses s'accompagnent généralement de dédommagements financiers. Ces occasions doivent être extrêmement rares.
Depuis quelques années, les demandes de pardon se multiplient entraînant des effets pervers. Il peut être facile de juger sévèrement les actions très anciennes de nos institutions à partir d'un regard d'aujourd'hui sans tenir compte du contexte de l'époque et des us et coutumes qui prévalaient alors. Prenons le cas des Japonais qui ont été placés dans des camps lors de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement s'est excusé, car aujourd'hui, une situation semblable, uniquement basée sur la race, serait inacceptable. Il n'est toutefois pas idiot de penser qu'à l'époque, ces gens pouvaient représenter une menace, en estimant qu'ils étaient plus susceptibles de défendre leur pays d'origine que leur pays d'adoption. Le geste est indéfendable direz-vous ? Nos descendants auront peut-être à s'excuser plus tard du sort que notre société fait subir aux Maghrébins et aux musulmans depuis le traumatisme du 11 septembre 2001. On comprendra mal qu'on mette dans le même panier les terroristes et tous les ressortissants du Moyen-Orient.
Il en va de même du pardon exigé de la couronne britannique pour le Grand dérangement de 1755 en Acadie. Pourquoi les gens d'aujourd'hui s'excuseraient-ils de gestes posés il y a dix ou douze générations ? L'histoire a porté son jugement et quant à moi, c'est bien suffisant. Pourquoi me sentirai-je coupable des gestes qu'auraient pu poser mes ancêtres ?
Le problème avec certaines demandes de pardon, c'est aussi qu'elles braquent l'objectif de la caméra sur des gestes répréhensibles au regard d'aujourd'hui ou condamnables quelle que soit l'époque, tout en éclipsant tout l'apport positif d'une institution. La demande de pardon du cardinal Marc Ouellet est de cette nature. Je n'ai pas aimé cette sortie du primat de l'Église canadienne présentée comme une opinion personnelle. Le cardinal s'excuse alors que les préjugés de son église étaient d'abord et avant tout ceux de la société de l'époque.
Ce qui m'a frappé encore plus que la lettre du cardinal, c'est la réaction hostile et parfois grossière de nombreux Québécois. J'ai reçu des lettres ouvertes au ton si hargneux qu'il était impossible de les publier sans retrancher de larges extraits carrément diffamatoires. On a beau se targuer de la laïcité de notre société, ces réactions m'amènent à penser que le vieux fond religieux n'a pas disparu. L'intervention du cardinal a ouvert de profondes blessures qui ne peuvent guérir simplement avec des excuses sans s'accompagner d'un train de réformes.
Avec les valeurs actuelles, il est aisé de tracer un sombre bilan de la période hégémonique de l'Église du Québec. Elle a eu des torts et les orphelins de Duplessis sont là pour nous le rappeler, mais son héritage ne se limite pas à ces égarements.
L'Église catholique mérite aussi une bonne part de gratitude, ne serait-ce que pour avoir permis que se perpétue la tradition française jusqu'à nos jours. Il ne faudrait pas que ses torts nous fassent oublier les religieux et religieuses qui ont consacré leur vie à éduquer et soigner des générations de Québécois. Sans sœur Hermias (Parphilia Ferland), qui aurait pris soin des vieillards de l'hospice Saint-Eusèbe ? Sans les clercs de Saint-Viateur, Joliette pourrait-elle se vanter d'être une ville de culture ? Avant que l'État finisse par assumer ses responsabilités, ce sont les sœurs de la Providence qui tenaient à bout de bras l'hôpital de Joliette. Ce sont aussi les enseignants des communautés religieuses qui ont formé l'élite intellectuelle d'aujourd'hui.
Si on a des reproches à faire à l'Église d'antan, il faut aussi lui exprimer de la gratitude pour avoir maintenu le phare si longtemps.
André Nadeau
Pierre Grandchamp
Commentaire mis en ligne le 10 décembre 2007Je corrige mes erreurs dans mon texte précédent:
Je partage ton opinion quand tu évoques "l'héritage" positif de l'Église.
Je voudrais ajouter une information que peu connaissent au sujet de l'ex-hôpital psychiâtrique St-Charles...
devenu plus tard le CHRDL.
En 1959, nous est venues d'Espagne des Religieuses qui ont oeuvré à "l'hôpital St-Charles".Une quarantaine de ces Religieuses y ont oeuvré de 1959 jusqu'à tout cédemment..