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Louis Cornellier
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Un autre regard sur nos Galeries

Louis Cornellier par Louis Cornellier
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Article mis en ligne le 5 décembre 2007 à 9:08
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Un autre regard sur nos Galeries
Une autre façon de voir les Galeries
Un autre regard sur nos Galeries
Il y a parfois des mondes fascinants là où on imagine pourtant ne trouver que des banalités. Prenez, par exemple, un centre commercial. Ce pourrait même être, si vous voulez, nos Galeries Joliette. Certains n’y verront qu’un temple de la consommation et affirmeront qu’un peu de simplicité volontaire, à cet égard, ne nous ferait pas de tort. Il est vrai, d’ailleurs, qu’une consommation responsable vaut toujours mieux qu’une orgie d’achats menant à la faillite.

Ces considérations concernent surtout l’aspect économique du phénomène. Un centre commercial, toutefois, c’est plus que ça. Ce sont des vendeurs et des acheteurs, bien sûr, mais aussi des promeneurs, des flâneurs, des employés divers, etc. Ce sont des hommes et des femmes qui ont une vie.

Banal, direz-vous peut-être. Mais que peut-on savoir de tout cela, de ce milieu humain, quand nous ne faisons que passer? On voit, alors, des boutiques, des restaurants, des employés et des clients anonymes, mais le reste, c’est-à-dire la vie, nous échappe. Un regard différent, plus attentif, nous permettrait pourtant de découvrir autre chose.

Ce regard, l’écrivain François Gravel le partage avec nous dans un roman intitulé Vous êtes ici (éditions Québec Amérique, 2007). L’action de son récit se déroule aux Galeries de la Rive-Sud, mais ce pourrait tout aussi bien être ici, à Joliette, dans nos Galeries. Autour de quelques personnages principaux qui font partie d’une équipe d’agents de sécurité présentés comme “ des casques bleus d’un centre commercial de banlieue ”, Gravel met délicieusement en scène la vie qui bat dans cet univers. Après l’avoir lu, vous ne pourrez plus fréquenter les Galeries de la même façon.

Dans ces pages, vous rencontrerez des enfants trisomiques qui adorent fréquenter l’animalerie, un boutiquier de vêtements pour jeunes qui fait damner ses voisins en mettant sa musique “ tchic a boum boum ” trop fort, un fétichiste des poils pubiens qui squatte les cabines d’essayage pour dames, un libraire anarchiste et philosophe, une vieille dame sénile qui fugue de sa résidence pour se réfugier au centre commercial, des petits criminels et de grands amoureux. Le centre commercial y devient un univers fascinant, plein d’humanité.

Gravel nous parle, par exemple, des retraités qui passent leurs journées entières dans l’aire de restauration et qui y refont le monde, autour d’un café, en s’inspirant du passé. “ Aux Galeries, écrit-il, c’est toujours l’été, il y a des magasins à perte de vue, tout plein de jeunes filles à admirer, c’est moins cher que la Floride, et il fait moins froid que dans les églises, qui sont d’ailleurs toujours fermées. Pourquoi les vieillards n’en profiteraient-ils pas? ”

Le romancier évoque aussi le rythme des saisons tel que vécu dans un centre commercial. Avant Noël, c’est la folie. Tout se bouscule et la musique des Fêtes qui joue en boucle met les nerfs des employés à vif. Dans le roman, un gérant explique : “ J’avais un excellent employé qui a démissionné à cause de ça. Il entendait Jingle Bells en musique de fond dans ses rêves érotiques, et ça lui causait des problèmes érectiles. ” Le Boxing Day, pour sa part, est qualifié de “ magasinage extrême ”, de “ cinq heures de pure barbarie, où tous les coups sont permis ”.

Humoriste, le romancier précise toutefois : “ L’humanité deviendrait-elle bouddhiste, musulmane ou athée que les commerçants continueraient sans doute longtemps à fêter Noël : ce qui leur importe n’est pas tant que Jésus soit né, mais qu’il continue encore, deux mille ans plus tard, à multiplier le pain et le vin. ”

À travers de sympathiques péripéties qui font souvent sourire, François Gravel se permet quelques réflexions sur la solitude des jeunes et des personnes âgées, sur le culte de la minceur et sur le sens de la consommation.

Jamais, cela dit, il ne condamne qui que ce soit. Plein de bons sentiments –ce n’est pas toujours un défaut-, son roman nous dit que la vie, la vraie vie, est partout, même dans un centre commercial. Il s’agit de savoir regarder. La prochaine fois que vous irez aux Galeries, soyez attentifs!

Louis Cornellier

louisco@sympatico.ca

Vos commentaires

Le centre d'achat

Dany Lavigne
Article mis en ligne le 7 décembre 2007
Bonjour Louis!
En lisant ton commentaire sur le roman Vous êtes ici, cela m'a rappelé des souvenirs de l'époque où je travaillais dans les centres d'achats de Québec (je sais, en bon français il faut dire "centre commercial", mais j'aime bien la chanson des Colocs!). Je peux confirmer qu'il s'agit vraiment d'un petit univers en soi. Et que la musique de Noël finit par nous rendre fou!


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