Le jeune député de Joliette adopte la ligne dure envers les assistés sociaux
Le BS, un choix de carrière ?
À l'instar de mon collègue de L'Expression, Louis Cornellier, je trouve bien des défauts à la résolution des jeunes adéquistes de resserrer les critères d'admissibilité à l'aide sociale vis-à-vis les prestataires aptes au travail.
La proposition, rappelons-le, prévoit que les assistés sociaux aptes au travail soient forcés de participer à des programmes d'études, sous peine de voir leur chèque amputé et de perdre progressivement leurs prestations, s'ils en reçoivent depuis quatre ans ou plus.
Il faut d'abord dire que cette résolution émane de l'aile jeunesse de l'ADQ et que son chef, Mario Dumont a refusé de s'engager à faire de cette proposition un engagement ferme de sa formation politique. On peut dénombrer par centaines les propositions de diverses instances des partis politiques qui ne sont jamais apparues dans les programmes officiels. D'ailleurs, le week-end suivant, ce sont les jeunes du Parti libéral qui adoptaient à leur tour des propositions sur la privatisation de la SAQ et la hausse des tarifs d'électricité qui n'apparaîtront pas non plus dans le programme du parti lors des élections.
Les jeunes de l'ADQ font effectivement fausse route en usant de coercitions pour ramener à l'emploi les assistés sociaux aptes au travail. La méthode a déjà été employée sans grand succès. On se rappellera qu'à l'époque, le gouvernement n'avait même pas réussi à offrir la formation requise par les assistés sociaux. Nombre d'entre eux s'étaient inscrit sans recevoir la formation souhaitée. On a aussi mis de l'avant des programmes d'emplois temporaires qui permettaient aux employeurs de se voir subventionner une bonne partie, sinon la totalité du salaire d'un assisté social. Dans la pratique, ces subventions servaient davantage des employeurs en mal de « cheap labor », ainsi qu'au gouvernement qui, au terme de la subvention, venait de transférer sa facture d'aide sociale au programme fédéral d'assurance-chômage. Pour sa part, le participant allait d'un projet à l'autre sans améliorer sa condition financière, accumulant les échecs avec les conséquences qu'on peut deviner sur le plan de l'estime de soi.
Les jeunes de l'ADQ soulèvent toutefois un problème bien réel, même si la solution avancée est foncièrement mauvaise. Au moment où le Québec s'approche à grands pas d'une pénurie de main-d'œuvre, il demeure inacceptable que 140 000 personnes aptes au travail continuent de vivre aux crochets de la société, surtout qu'on dénombre parmi eux 20 000 jeunes de moins de 25 ans. Laisser ces gens-là dans la dèche relève de l'irresponsabilité. Que fait le gouvernement actuel ? Dans son dernier budget, il a simplement sabré 30 millions $ dans les programmes d'aide à l'emploi.
Il ne faut pas compter sur le député de Joliette, Pascal Beaupré, pour relever le débat. Partisan de la ligne dure, il n'hésite pas à propager les pires préjugés à l'endroit des assistés sociaux. « Il est tout à fait inacceptable que des gens aptes au travail choisissent de demeurer par choix prestataire de l'aide sociale », a-t-il déclaré. Choisir par choix, ça demande une volonté à toute épreuve ! Comme si quelqu'un de sensé pouvait faire de l'aide sociale un choix de carrière à 548 $ par mois! Notre jeune député aurait avantage à développer une plus grande sensibilité aux réalités sociales.
Il y a bien quelques fraudeurs qui encaissent le chèque en plus de travailler au noir, mais c'est une infime minorité, les statistiques le démontrent clairement. La grande majorité des assistés sociaux ne demande pas mieux que de sortir de la misère et contribuer à l'enrichissement de la société. Ce n'est certainement pas en les ostracisant qu'on parviendra à des résultats positifs. Pour certains d'entre eux, le retour au travail passe par une formation menant à un emploi, alors que pour d'autres ce sera par la formation en emploi qu'on y parviendra. D'autres encore, qui ont développé une dépendance accrue à l'aide sociale, auront besoin d'une démarche d'encadrement et de valorisation avant même d'espérer un retour à l'emploi.
Se contenter de couper l'aide sociale, c'est comme couper la chimiothérapie à une personne atteinte d'un cancer du poumon parce qu'elle a « choisi par choix » de fumer.
André Nadeau
Sylvain Guillemette
Commentaire mis en ligne le 27 janvier 2009Monsieur Lavallée a nettement bien argumenté sa réponse.
par exemple, je devrai moi-même toucher cette aide dont je regardais de haut, avant mon accident de travail.
Le B.E.M m'a renvoyé au travail, malgré des limitations fonctionnelles que ses mercenaires niaient, malgré l'opposition de mon médecin. Après avoir passé près de deux ans sans travailler, je n'ai jamais pu amasser les heures requises pour défier les règles du chômage.
Alors me voilà sur le seuil l'assistance sociale!
http://reactionismwatch.wordpress.com/2009/01/27/sur-le-seuil/