Voir la police
Dans l’édition d’octobre du Citoyen, le “ bulletin d’information de la Ville de Joliette ”, le maire Laurin tente de se faire rassurant au sujet de la desserte policière. À partir d’avril prochain, comme on le sait, c’est la Sûreté du Québec (SQ) qui assurera la protection policière à Joliette et dans neuf municipalités environnantes.
D’un point de vue strictement économique, ce changement de la garde profitera à Joliette. Sa population, comme le souligne René Laurin, économisera au moins 1,3 million de dollars par année et n’aura pas à assumer les coûts de 3 millions liés à la construction d’un nouveau poste de police. D’autres municipalités affectées par ce changement feront aussi des économies, mais ce ne sera pas le cas pour Saint-Charles-Borromée et Notre-Dame-des-Prairies. Au total, toutefois, il y a donc plus de gagnants que de perdants sur ce plan.
Un récent dossier du Journal de Montréal nous interdit cependant de nous réjouir trop vite. Plusieurs municipalités, en effet, dont L’Île-Perrot, Vaudreuil-Dorion et L’Épiphanie, se plaignent de l’invisibilité de la SQ qui a remplacé leurs corps de police municipaux. Le maire de Lachute, par exemple, affirme que “ cette réforme est de la foutaise ”. “ Ça devait nous coûter moins cher pour recevoir les mêmes services, a-t-il déclaré. Or, ça coute plus cher et on a moins de service… ” Certaines municipalités ont même embauché des agents de sécurité pour compenser l’absence de surveillance policière ressentie par les citoyens.
L’affaire, on le constate, soulève des questions. Elle rappelle, à certains égards, le cas de Ville Saint-Gabriel qui, dans les années 1980, a démantelé sa police municipale pour donner le contrat à la SQ. Il s’agissait, là aussi, d’économiser. Or, depuis, plusieurs se plaignent de ne plus voir la police dans les rues. Ce n’est pas un drame, bien sûr, mais cela entraîne néanmoins un déplorable sentiment d’insécurité.
Le maire Laurin, toujours dans Le Citoyen, nous assure que la population bénéficiera d’un “ service amélioré puisque 71 policiers et cadres devraient desservir le territoire de la MRC Joliette au lieu de 56 actuellement ”. On ne demande qu’à le croire, mais les exemples mentionnés précédemment nous incitent à la prudence.
Personne ne met en doute les compétences de la SQ. Les moyens dont elle dispose et son expertise la rendent certainement plus efficace que les corps de police municipaux en matière d’enquêtes criminelles. L’inquiétude n’est pas là. Elle concerne plutôt la présence sur le terrain. Ce que les maires de plusieurs municipalités interrogés par Le Journal de Montréal dénoncent, ce n’est pas l’incompétence des policiers de la SQ, c’est “ la pauvre présence policière sur leur territoire ”. Le constat est trop répandu pour qu’on n’en tienne pas compte.
Dans le monde du droit, un adage affirme qu’il doit non seulement y avoir justice, mais aussi apparence de justice. La même logique s’applique à la desserte policière. Il doit, en effet, non seulement y avoir police, mais aussi apparence de police. Une présence policière visible contribue au sentiment de sécurité des citoyens et constitue une mesure de prévention de la criminalité. Quoi qu’en dise une étude du ministère de la Sécurité publique selon laquelle “ la patrouille dans les rues et la simple augmentation de la visibilité policière n’ont pas d’effets significatifs sur la criminalité ”, on a raison de croire que le fait de voir la police incite les chauffards à modérer leurs transports et les petits criminels à se tenir tranquilles. Des études en criminologie plaident en ce sens.
Il ne s’agit pas, pour le moment, de blâmer qui que ce soit, d’inquiéter indûment la population ou de prôner un retour en arrière. Il s’agit simplement d’inviter nos dirigeants politiques municipaux à la rigueur et à la vigilance. Qu’ils s’assurent, par des demandes claires auprès de la SQ, que la MRC Joliette ne fera pas les manchettes du Journal de Montréal dans cinq ans parce qu’elle se plaindra de ne pas voir sa police.
Louis Cornellier
louisco@sympatico.ca
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