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L'éthanol, une mauvaise bonne idée ?

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 27 octobre 2007 à 10:00
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L'éthanol, une mauvaise bonne idée ?
L'éthanol dans l'essence, une bonne idée ?
L'éthanol, une mauvaise bonne idée ?
Des solutions à nos problèmes peuvent parfois paraître emballantes au premier coup d'œil, mais se révéler finalement génératrices d'autres problèmes à l'usage. C'est le cas de l'éthanol qui était promis à un brillant avenir il n'y a pas si longtemps. En cette époque où les solutions vertes sont privilégiées, l'idée de remplacer une partie des carburants fossiles par un carburant végétal renouvelable est certainement séduisante. On est tous en faveur de la vertu et de la tarte aux pommes.

Toutefois, différentes études d'experts commencent à apporter des bémols. Il n'est plus aussi certain que la solution de l'éthanol soit aussi écologique et économique qu'elle paraissait à prime abord. Aussi étrange que ça puisse paraître, c'est de votre panier d'épicerie que proviendront les premières mauvaises nouvelles.

Cette semaine, l'économiste en chef de la banque CIBC, Jeff Rubin, affirmait que l'éthanol représenterait un des principaux facteurs de croissance de l'inflation au Canada, dépassant même le pétrole. C'est que le prix du maïs a grimpé en flèche depuis deux ans pour atteindre une augmentation de 60 %.

Depuis que les gouvernements imposent l'ajout de 5 % d'éthanol dans la composition de l'essence, on assiste à une véritable ruée vers l'or aux États-Unis et au Canada. Pour donner une idée de l'ampleur du phénomène, signalons simplement qu'en 2000, la production américaine totalisait un milliard de gallons, pour représenter cette année sept milliards. Au rythme où vont les choses, on pourrait atteindre une production de 35 milliards de gallons dès 2012. C'est beaucoup de maïs…

Il ne faudra pas s'étonner que votre prochaine épluchette vous coûte les yeux de la tête. Mais, il y a pire. Les quantités phénoménales de maïs produites à des fins énergétiques font en sorte que les céréales qui servent à nourrir les animaux coûteront plus cher aux producteurs entraînant une hausse des coûts de la viande. La montée des prix affectera également d'autres produits dérivés comme le sirop de maïs et la fécule de maïs qui figurent parmi les ingrédients d'un grand nombre d'aliments transformés et de boissons.

De plus, la conversion de terres destinées à d'autres productions risque fort d'entraîner une hausse du coût des autres céréales. L'économiste de la CIBC prédit que les coûts des aliments grimperont à un rythme de 5 % l'an prochain et de 7 % d'ici à 2009. Pour les familles pauvres, ce n'est certes pas une bonne nouvelle.

Au plan écologique, les vertus de l'éthanol sont aussi contestables. Certaines études laissent entendre que la production d'éthanol demande plus d'énergie à produire qu'elle n'en procure. En outre, à quantité égale, l'éthanol aurait un rendement moindre que le pétrole. Tellement en fait, que selon le Consumer Reports, en tenant compte du rendement, l'éthanol revient à 20 % plus cher que l'essence régulière.

Toujours au plan écologique, l'augmentation de la superficie consacrée à la culture du maïs pose un autre problème, celui d'une utilisation accrue des pesticides et des fertilisants. Cette culture sur une base constante augmente l'érosion des sols et requiert encore plus de fertilisation.

À court terme, nos agriculteurs et le Québec tireront un bénéfice de l'éthanol, mais à plus long terme, le conte de fées pourrait se transformer en cauchemar. Déjà, aux États-Unis, on prévoit une diminution des prix en raison de l'abondance de la matière. En six ans, le nombre d'usines d'éthanol est passé de 56 à près de 200.

Un autre produit, l'éthanol cellulosique, à l'état de recherche actuellement, pourrait aussi jouer le trouble-fête et mettre fin à la ruée vers l'or des producteurs de maïs. L'éthanol cellulosique est fabriqué à partir de résidus agricoles ou forestiers et de déchets domestiques. Il paraît que le Québec possède une longueur d'avance dans la mise au point de ce produit.

L'éthanol deviendra alors un produit économiquement et écologiquement rentable. Et qui sait si un de ces jours, EBI en plus de ramasser nos vidanges, ne nous vendra pas aussi de l'essence ?

André Nadeau

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