Stéphane Dion
Stéphane Dion pas plus dangereux qu'un chien édenté
Stephen Harper peut compter sur des alliés de circonstance pour faire adopter son menu législatif, car les libéraux de Stéphane Dion feront vraisemblablement tout pour éviter de renverser le gouvernement.
Avec un chef en sursis, on voit mal l'intérêt des libéraux d'appeler un scrutin où ils risqueraient de subir le même sort que le Parti québécois sur la scène provinciale. Piégés par le Bloc québécois et le NPD qui ont fait savoir, il y a déjà longtemps, qu'ils refuseraient d'approuver le discours du Trône, les libéraux comme opposition officielle détiennent le sort du gouvernement. Ils feront des pirouettes pour se dissocier sans le faire.
Stephen Harper est bien au courant de l'état de déconfiture des libéraux. Les démissions s'accumulent sur le bureau de Stéphane Dion et les remplaçants sont si difficiles à trouver qu'il a dû recourir à la sénatrice Céline Hervieux-Payette pour prendre charge de l'organisation au Québec. À l'approche d'un scrutin, le Parti libéral perd même des candidats officiellement désignés dans plusieurs circonscriptions dont celle de Joliette. Il ne faut d'ailleurs pas voir un geste de courage dans la décision de Pierre-Luc Bellerose d'abandonner la bataille électorale avant même qu'elle commence. C'est simplement une décision dictée par une lecture réaliste des chances de l'emporter. Les espoirs de voir les électeurs de Joliette élire un député libéral étaient déjà minces dans des conditions idéales, il faudrait un miracle pour espérer voir un candidat libéral atteindre la deuxième marche du podium à l'issue d'un scrutin hâtif. Dans le contexte actuel, les libéraux devront se résoudre à présenter un poteau.
Dans son discours du Trône, Stephen Harper a eu la délicatesse de ne pas heurter de front les objectifs des libéraux. Il y a bien la question du prolongement de la mission en Afghanistan jusqu'en 2011, mais cette décision devra éventuellement être ratifiée par le Parlement. M. Dion serait bien mal venu de critiquer, car le comité chargé de revoir le rôle du Canada dans ce conflit est présidé par un libéral influent, John Manley, ex-candidat au leadership et ancien numéro deux du gouvernement Martin.
M. Dion pourrait se montrer plus chatouilleux sur la question environnementale, mais là encore, en annonçant l'abandon des objectifs du protocole de Kyoto, le premier ministre n'a fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà. D'ailleurs dans leur programme, les conservateurs s'engagent par des gestes concrets à combattre les gaz à effet de serre.
Défaire un gouvernement, qui s'apprête à rendre publiques des baisses d'impôt en novembre et la diminution de la TPS plus tôt que prévue, serait tout simplement suicidaire pour les libéraux.
Quant aux autres questions soulevées par le discours du Trône, elles n'offrent pas matière à renverser un gouvernement. Il y aura fort peu de gens pour s'opposer à l'affirmation de la souveraineté canadienne dans l'Arctique, à la limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral ou au renforcement des peines de prison imposées aux criminels.
Surtout que sur ce dernier aspect, la grande majorité des changements a déjà fait l'objet d'une approbation des Communes. Les projets de loi étaient même rendus à l'étape de l'adoption au Sénat.
Il est toutefois certain que le leadership de Stéphane Dion ne sortira pas grandi de cet épisode de la politique canadienne. Dans les prochaines semaines, il n'aura d'autres choix que de jouer au chien édenté. Il grognera pour la forme, mais personne ne craindra d'être mordu.
De son côté, Stephen Harper aura les coudées franches pour démontrer qu'il peut offrir un bon gouvernement pendant que le Bloc québécois se cherche désespérément un os à gruger.
La pire nouvelle qui pourrait ternir le ciel bleu des conservateurs, ce serait la démission du chef libéral. On en est là.
André Nadeau