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Trente deniers et un plat de lentilles

André Nadeau par André Nadeau
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Article mis en ligne le 29 septembre 2007 à 8:00
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Trente deniers et un plat de lentilles
Il y a bien longtemps que les relations entre les municipalités du Grand Joliette n'ont pas été aussi mauvaises qu'actuellement. Les maires s'échangent encore des civilités dans les rencontres sociales, mais c'est souvent accompagné d'une pointe de sarcasme qui témoigne du climat de tension.

La déclaration du maire André Hénault laissant entendre que la Ville de Joliette avait trahi ses partenaires dans le dossier de la police démontre bien l'état d'esprit que partagent ce qu'il est maintenant convenu d'appeler les belligérants. Comparer Joliette à Judas qui a trahi le Christ pour trente deniers, c'est à tout le moins maladroit et tout à fait faux. Il faut que le maire Hénault soit dans les câbles pour tenir de tels propos. Il nous avait habitués à des sorties certes colorées, mais intelligentes. Aujourd'hui. M. Hénault dit avoir repris les propos de quel qu'un d'autre avec les trente deniers et que dans son intervention de départ, il n'avait mentionné que le plat de lentilles. D'ailleurs les expressions trente deniers et plats de lentilles font référence à deux situations différentes, dans le premier cas le salaire de Judas pour avoir livré le Christ et dans l'autre cas, l'achat par Jacob du droit d'aînesse d'Esaü.

Il reste que le maire de Joliette, René Laurin n'a pas apprécié se faire comparer à Judas. Il est vrai que les propos du maire Hénault ne visaient pas le maire nommément, mais l'administration municipale. On peut comprendre le maire Laurin, car à Joliette, avec les sept conseillers muets comme des carpes, la Ville, c'est d'abord son unique porte-parole, René Laurin.

Dans le dossier de la police, il y a des lustres que la Ville de Joliette se plaint de payer plus que sa part. L'entente sur la création de la Régie de police refilait aux contribuables joliettains une trop grosse part du gâteau. Il faut toutefois rappeler que lorsqu'on parle d'entente intermunicipale, c'est donc que le conseil municipal de Joliette l'avait acceptée et à ce qu'on sache, personne ne l'y avait forcé. On aura beau dire que c'était dans l'espoir d'attirer les banlieues à se fusionner, la Ville avait quand même donné son aval..

Cependant, au renouvellement de l'entente, il était tout à fait légitime et justifié pour l'administration du maire Laurin de magasiner la protection policière. La Ville a annoncé ses couleurs suffisamment à l'avance pour que ses partenaires de la régie aient le temps de réagir. D'ailleurs, les municipalités membres de la régie ont dans les faits reconnu que la ville payait une trop grande part des dépenses de protection policière puisque l'offre présentée par les autres municipalités diminuait considérablement la contribution joliettaine.

Certains diront que peut importe la qualité de l'offre qu'auraient pu présenter les autres membres de la régie, l'idée de la Ville était bien arrêtée et son choix définitif. Même là, c'était le droit absolu de l'administration municipale de choisir l'option qui lui paraissait la meilleure pour sa population. Dans ce dossier, il faut tenir compte qu'en plus des frais reliés à la protection policière, Joliette faisait face à des coûts importants que représentait la construction d'un nouveau poste de police. Une dépense que la Ville n'a plus à assumer avec la Sûreté du Québec.

Le maire Hénault a peut-être raison de craindre que le gouvernement du Québec change les règles du jeu d'ici quelques années, ça s'est déjà vu. Mais il peut aussi avoir tort, on a déjà vu aussi le gouvernement tenir parole.

Ce n'est pas la première escarmouche entre les deux maires. La sortie du maire de Joliette à la Chambre de commerce réclamant l'élection du préfet au suffrage universel a été reçue comme un camouflet par le maire Hénault dont on contestait implicitement le leadership et l'objectivité. Et ne vous imaginez pas que les relations sont plus cordiales avec la Ville de Notre-Dame-des-Prairies. Le maire Larue fait moins la manchette, mais il est aussi connu que le partenariat avec la Ville de Joliette bat de l'aile.

Il y a une limite aux procès d'intention. Il ne faudrait pas que par orgueil, on rate de belles occasions de partenariats profitables à tous. Pourquoi nos maires ne mettraient-il pas leur ego de côté pour tenir un lac-à-l'épaule afin d'y laver le linge sale et recréer un dialogue au bénéfice de leurs contribuables.

André Nadeau

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