Beyrouth, 4h15 a.m.
Le jeune Bassam se tourne dans son lit, incapable de dormir. Comme toutes les nuits depuis quelques semaines, il reste emmitouflé dans les draps de coton, figé par la peur, attendant que le jour revienne. Bien que le lever du soleil ne change pas grand-chose à l’horreur qui pèse sur son pays, la clarté a le mérite d’être un peu plus rassurante que la pénombre nocturne. Le bruit des bombes, au loin, est toujours plus effrayant à ce moment.
Bassam fixe sa petite valise au pied du lit. Les battements de son cœur résonnent dans ses oreilles. Il a peur. Ce sentiment qui prend aux tripes et paralyse tous les membres du corps. Sa mère, son frère aîné et lui doivent être prêts à partir à tout moment. Le garçonnet libanais est incapable de manger depuis quelques jours, l’estomac noué.
Il a vu l’horreur déjà. Sa sœur de 17 ans a été victime d’un attentat à la bombe dans un bus, sous ses yeux trop jeunes pour pareil spectacle. Souvent, il surprend sa mère qui étouffe des sanglots derrière la porte de la chambre.
4h30 a.m., Bassam ne fera pas les manchettes, on ne parlera pas de lui à la télévision. Il n’est qu’un autre petit garçon à l’enfance volée.