C’est dans cet édifice que le couple recevra à la fin du mois son troupeau d’oies. À l’heure actuelle, la grippe aviaire leur a coûté 23 000 $, en plus d’anéantir les bénéfices de leur entreprise.
- Photo Julie Roy
Grippe aviaire : la prudence fait des victimes
Confinement de la volaille
La grippe aviaire fait peu parler d’elle ces temps-ci. Pourtant, elle continue à faire des victimes. C’est le cas de Sylvie Renaud et d’Alain Dansereau de L’Oie Naudière de Saint-Alexis, qui sont venus expliquer leur cause devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture, qui était de passage dans notre région les 4 et 5 avril derniers. Le confinement imposé à leur élevage d’oies a sur eux des conséquences catastrophiques, tant du point de vue financier que de la santé globale de leurs animaux, tellement que l’entreprise se meurt.
L’entreprise, qui a été fondée en 1999, se spécialise en foie gras. Elle était rentable jusqu’à ce fameux jour du 5 novembre 2005. C’est lors de cette journée qu’un cadavre de canard est découvert dans le lac Saint-Pierre. Même si ce volatile n’était pas atteint de la fameuse souche de la grippe aviaire, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation décrète une loi qui rend le confinement de la volaille obligatoire, et cela, pour empêcher le contact des animaux domestiques avec les oiseaux sauvages. Les deux producteurs obéissent, mais le résultat est désastreux pour l’entreprise.
Lors de l’abattage, ils découvrent que bon nombre de leurs oies ont des problèmes pulmonaires. « Nous recevons un seul élevage par année et nous le gardons pendant sept mois. Nous mettons de la ripe, mais nous avons beau nettoyer, on ne peut pas faire le grand ménage parce cela prend de quatre à cinq jours. Donc, l’endroit devient malsain pour nos bêtes », mentionne Mme Renaud. Du côté de la ventilation, Mme Renaud argumente qu’une aération supplémentaire rendrait malades ses oiseaux et que celle qui est actuellement en place ne règle pas complètement le problème. « Mes oies continuent à vivre dans une ripe sale et à respirer de l’ammoniac. »
Les producteurs affirment que leurs oies ont besoin d’aller à l’extérieur, tant pour leur bien-être que pour se laver. « Ces animaux se lavent avec de la pluie. » Ils ont bien tenté de trouver des solutions avec le gouvernement, mais celles-ci étaient très onéreuses. « Je ne peux pas mettre une volière de deux arpents sur mon terrain, cela n’a pas de sens. En plus, cela me coûterait 90 000 $. »
Le couple ne comprend pas pourquoi le ministère continue de maintenir cette mesure. D’autant plus que la grippe aviaire n’est toujours pas là et que seul le Québec impose une telle restriction. Les producteurs indiquent qu’ils contribuent déjà à l’écosécurité en ne permettant pas les contacts avec la volaille et en nourrissant et abreuvant leurs animaux à l’intérieur de la bâtisse. « Nous ne sommes pas idiots, on fait notre effort, et si jamais quelque chose survenait, on respecterait toutes les règles, mais pour l’instant il n’y a rien. Tout ce que fait cette mesure, c’est tuer des entreprises artisanales comme la nôtre. »
L’Union des producteurs agricoles de Lanaudière croit que cette mesure est nécessaire pour la protection de tous. Il demande donc son maintien. L’UPA mentionne également que le règlement n’est pas si rigide et ne pose pas réellement de problèmes. Ce à quoi le couple de producteurs répond : « Non, il n’y a pas de problèmes pour les grosses productions parce qu’elles gardent leurs volailles une quarantaine de jours. Après quoi, les travailleurs nettoient au grand complet. Nous, nous ne pouvons pas faire cela. Pour nous, le problème reste entier et si cela continue, nous allons être obligés de cesser nos opérations ».