Sections

Les Atikamekw réclament des excuses pour une enquête « bâclée »

Aucune accusation pour un accident mortel survenu en 1977


Publié le 8 septembre 2017

Jean-Roch Ottawa réagit à la récente annonce du DPCP selon laquelle aucune accusation ne sera portée pour un accident mortel survenu en 1977 et ayant entraîné la mort de cinq Atikamekw.

©Photo archives

FAITS DIVERS. Le chef du conseil de bande de Manawan, Jean-Roch Ottawa, demande des excuses du gouvernement, au nom des familles des victimes, pour une enquête de la Sûreté du Québec effectuée en 1977 qu'il juge « bâclée ». Un accident de voiture sur la route de Manawan avait conduit au décès de cinq membres de la communauté atikamekw.  

Le 7 septembre, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) annonçait dans un communiqué que l'enquête dans ce dossier, rouverte en 2016, ne mènera finalement à aucune accusation pour conduite avec facultés affaiblies et négligence criminelle. Il a conclu ne pas pouvoir établir hors de tout doute raisonnable que le conducteur était en état d'ébriété au moment des faits.

Rappelons que le conducteur et le passager (non autochtones) assis à l'avant du véhicule ont survécu à l'accident, tandis que les cinq passagers autochtones assis derrière sont tous morts.

« Le fort sentiment d’injustice des membres de la communauté pour ces cinq personnes disparues et leurs familles ne sera jamais réparé à cause d’une enquête bâclée de la Sûreté du Québec en 1977. Le sentiment que la vie de ces cinq Atikamekw ne valait pas la peine de rechercher la vérité aux yeux de la Sûreté du Québec demeurera à tout jamais. Les membres de la communauté atikamekw de Manawan s’interrogent sur la valeur des travaux de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics si les injustices du passé ne peuvent pas être réparées », peut-on lire dans un communiqué transmis par le conseil de bande de Manawan.

Le taux d'alcoolémie du conducteur, notamment, n'avait pas été déterminé lors de l'enquête de 1977. Encore sous le choc, les familles des cinq victimes ont fait appel, en 2015, à l’Association des familles des personnes assassinées ou disparues (AFPAD) pour les aider à relancer l’enquête sur les circonstances de l’accident de camionnette survenu 40 ans auparavant. Elles jugeaient que l'enquête effectuée à l'époque présentait plusieurs lacunes.

« Au minimum, peut-être que le gouvernement et la Sûreté du Québec pourraient reconnaître que tout n’a pas été fait en 1977, parce qu’il s’agissait d’Autochtones. Il serait justifié de présenter aujourd’hui des excuses aux familles des disparus », conclut Jean-Roch Ottawa dans sa lettre.

Rappel des faits

Le 25 juin 1977, vers 22 h 30, deux hommes qui avaient consommé de la bière au cours de la journée quittaient Manawan en caravane, accompagnés de cinq passagers, en direction de Saint-Michel-des-Saints.

Vers minuit, le conducteur aurait perdu le contrôle dans une courbe et la caravane aurait terminé sa course dans l'eau.

Le conducteur et un passager auraient réussi à sortir du véhicule par l'une des fenêtres, à l'arrière, puis auraient nagé vers la rive. Ils auraient allumé un feu pour se réchauffer en attendant le lever du jour, après quoi, ils auraient marché jusqu'à Saint-Michel-des-Saints sur une distance approximative de 18 km.

Ils se sont présentés au poste de police vers 10 h 20, le matin. Les cinq autres occupants de la fourgonnette sont décédés, noyés à l'intérieur du véhicule.