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Fibromyalgie, un syndrome difficile à faire reconnaître

Un résident de Notre-Dame-de-Lourdes se dit inapte au travail


Publié le 7 août 2017

Atteint de fibromyalgie et inapte au travail, Gérard Lepage peine à recevoir l'aide dont il a besoin, prétendant que sa condition est peu reconnue des compagnies d'assurance.s

©Photo TC Media - Caroline Morneau

TÉMOIGNAGE. Gérard Lepage affirme avoir reçu l'ordre de son médecin d'arrêter de travailler en 2015, puisqu'il souffre de fibromyalgie, laquelle provoque d'importantes douleurs corporelles ainsi que de la fatigue. Une condition peu reconnue, dit-il, qui lui donne du fil à retordre pour percevoir son assurance invalidité.  

Dans une lettre de son assureur datée du 23 mai dernier, le résident de Notre-Dame-de-Lourdes apprenait officiellement que les prestations d'invalidité qu'il recevait jusqu'ici ne lui seraient plus attribuées à compter de septembre. La compensation monétaire de courte durée à laquelle il avait droit sur une période de deux ans arrive à échéance et son assureur juge pour l'instant que sa condition médicale ne l'empêche pas « d'exercer tout travail rémunérateur ». Il lui refuse donc de recourir aux prestations de longue durée.

« On me dit, après évaluation, que je ne suis pas en état d'invalidité totale. Pourtant, ma condition fait en sorte que n'importe quelle activité me semble être une montagne, c'est à peine si je peux sortir de chez moi », prétend-il, ajoutant avoir le soutien de son rhumatologue. Ce dernier avait suggéré pour la première fois au camionneur de profession d'arrêter de travailler en 2006, alors qu'il avait à peine 40 ans.

Malgré les avertissements de son médecin, toutefois, Gérard Lepage a continué à œuvrer comme camionneur jusqu'à épuisement total, en 2015.

« J'étais vraiment au bout du rouleau. Cette fois, mon rhumatologue ne me donnait plus le choix. »

Peu reconnue

Selon le site officiel de la Société québécoise de la fibromyalgie, celle-ci est un syndrome avec une « apparence trompeuse de normalité ». On dit de la fibromyalgie qu'elle a un caractère imperceptible la rendant insidieuse, c’est-à-dire qu'elle peut devenir grave, malgré sa bénignité apparente. Elle entraîne notamment des douleurs diffuses, de la fatigue persistante, des troubles du sommeil, des changements neurocognitifs, des perturbations de l’humeur et plusieurs autres symptômes pouvant avoir un impact considérable sur le quotidien et la vie professionnelle d'un individu.

Gérard Lepage estime que la fibromyalgie est peu reconnue par le gouvernement et les régimes d'assurances, puisqu'elle serait difficile à diagnostiquer et que ses conséquences seraient souvent banalisées.

« Il n'y a pas de remède. Et on m'a prescrit presque tous les médicaments possibles pour atténuer les symptômes. Mais il n'y a rien à faire, je ne pourrai jamais retourner sur le marché du travail. Je serai obligé de me mettre sur l'aide sociale, c'est très difficile pour moi sur le plan moral. »

Joint par L'Action, l'assureur en question quant à lui, stipule que ce syndrome n'est « pas traité différemment des autres maladies ou autres limitations physiques. » Il affirme que le client doit seulement faire la preuve sans équivoque qu'il est inapte à tout emploi pour adhérer à une indemnité de longue durée.

De son côté, M. Lepage veut continuer à se battre. « Avec mon médecin, je vais remplir tous les documents qui prouvent que je ne peux pas travailler. Je vais faire une autre demande, mais je m'attends à devoir me battre et à ne plus être payé pendant un bon moment. C'est vraiment épuisant pour moi, mais je ne lâcherai pas, je suis même prêt à me prendre un avocat, s'il le faut. »

Un problème répandu

Selon Josée Boisjoly, trésorière à l'Association régionale de la fibromyalgie de Lanaudière, la plupart des membres de son regroupement sont inaptes au travail en raison de leur état et rencontrent des difficultés semblables à celles de Gérard Lepage pour faire reconnaître leur invalidité.

« On regroupe environ 50 membres, mais on pense que la fibromyalgie touche un nombre beaucoup plus grand de personnes dans la région », témoigne celle qui a elle-même reçu un diagnostic du syndrome en 2008.

« On milite justement pour plus de reconnaissance de la part des médecins, du gouvernement et des assureurs. Il y a clairement une incohérence quant aux compensations d'invalidité accordées et de nombreuses injustices. »

L'association a d'ailleurs procédé à une marche dans le centre-ville de Joliette le 12 mai dernier, à l'occasion de la Journée mondiale de la fibromyalgie pour faire entendre son message. Elle prévoit aussi, l'an prochain, prendre part à une manifestation devant l'hôtel du parlement, à Québec.