Il est important de définir collectivement l'environnement dans lequel on vit, estime la présidente de l'Ordre des architectes du Québec

Le regroupement mène une vaste consultation publique pour connaître les préoccupations de la population


Publié le 18 mai 2017

Nathalie Dion, architecte et présidente de l'Ordre des architectes du Québec, milite depuis trois ans pour que le gouvernement provincial adopte une politique nationale de l'architecture.

©Photo TC Media - Geneviève Geoffroy

ENTREVUE. Nathalie Dion, architecte et présidente de l'Ordre des architectes du Québec (OAQ), milite depuis trois ans pour que le Québec adopte une politique nationale et « englobante » de l'architecture et elle mène actuellement avec des collègues une vaste consultation publique auprès de la population pour alimenter un mémoire qui sera déposé au gouvernement l'hiver prochain.

TC Media: Quels sont les avantages pour le Québec de se doter d'une politique nationale d'architecture ?

Nathalie Dion: Le premier but, c'est d'avoir une vision et de faire comprendre que ça influence la qualité de vie. Ensuite, c'est qu'il y ait une harmonisation des règlements au gouvernement […] Si le gouvernement adoptait une telle politique, cela permettrait d'adopter une vision commune. À ce moment-là, toutes les actions entreprises par les différents ministères s'orienteraient à ce que la qualité soit prépondérante dans le choix d'un projet.

TC Media: Vous avez entamé en mars une consultation publique qui se terminera en juin. Pourquoi placer le citoyen au cœur de votre démarche ?

Nathalie Dion: Parce que les citoyens sont ceux qui vivent l'architecture au quotidien. C'est la rue dans laquelle on marche, où on travaille, les bâtiments où on habite. Nous avons besoin de l'opinion publique pour alimenter notre propos.

TC Media: Est-ce que votre bataille pour faire adopter une politique nationale de l'architecture est en réaction à des lacunes passées ?

Nathalie Dion: Il ne s'agit pas d'une lacune particulière, mais on se rend compte qu'il y a un manque de vision d'ensemble. C'est-à-dire que chacun des ministères travaille en silo. Par exemple, au ministère de la Culture, il y a des concours d'architecture pour choisir le meilleur projet, tandis que dans le spectre des ministères, on choisit [par exemple] le moins cher. Il n'y a donc pas d'équilibre. Nous aimerions qu'il y ait une vision englobante.  [Il faut penser à des projets] fonctionnels, durables. Parfois, des choix économiques se font, mais pas nécessairement écologiques.

TC Media: La consultation publique que vous menez a pour but de recueillir les préoccupations des citoyens, mais aussi les sensibiliser à l'influence de l'architecture sur leur qualité de vie. Comment l'architecture conditionne-t-elle notre qualité de vie ?

Nathalie Dion: Il y a des études en Grande-Bretagne qui démontrent qu'une belle école bien conçue et confortable peut avoir un effet sur le succès des élèves. Un hôpital bien conçu avec de la lumière en abondance, des chambres agréables, peut permettre au patient de guérir mieux. Dans votre lieu de travail, s'il y a une lumière adéquate, de la ventilation adéquate, c'est mieux que de travailler dans un sous-sol mal aménagé. Ces choses-là influencent notre vie au quotidien.

Prenez les déplacements dans la ville. Si on ne favorise pas les déplacements piétons, cyclistes ou du transport en commun, nous allons prendre plus notre voiture et ça influence notre qualité de vie.  Il y a l'architecture active aussi. Pendant longtemps, les ascenseurs étaient à l'entrée d'un édifice. Maintenant on se rend compte que si les marches son accueillantes, on va les choisir. Il y a des bureaux à Montréal où favorise le déplacement avec  des escaliers placés au centre.

TC Media: Qu'allez-vous faire au terme de la consultation publique qui doit prendre fin en juin ?

Nathalie Dion: Un forum sur la politique nationale de l'architecture au Québec aura lieu à Montréal en septembre. Nous ferons un bilan de tout ce qui se sera dit dans les consultations. Nous comptons déposer un mémoire au gouvernement à l'hiver.