L'accident qui a décimé les Robichaud

40 ans plus tard


Publié le 18 avril 2017

Jacques Robichaud,le frère aîné de la famille.

©(Photo TC Media- Mélissa Blouin)

DRAME. Il y a 40 ans, la vie de la famille Robichaud s'apprêtait à être chamboulée à tout jamais. La route 158 était la scène de l'une des pires tragédies routières de Lanaudière, faisant six victimes dont quatre frères et sœurs. Âgés de 15 à 29 ans, Micheline, Gilles, Pierre et Yvon Robichaud avaient l'avenir devant eux et débordaient d'une immense joie de vivre.  

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«Ils étaient aimés de tous à Saint-Jacques. Mes trois frères étaient des gars qui adoraient faire la fête et qui ne cherchaient jamais la chicane et la petite Mimi tout le monde l'appréciait à son école, elle suivait des cours de claquettes», se souvient Jacques Robichaud, le frère aîné de la famille. Il a été le dernier à voir ses frères et sa sœur et à passer la soirée avec eux avant le tragique événement.

Pierre (27 ans) et Luce Forest (23 ans) devaient se marier au mois de septembre 1977. Ils sont avec Gilles (20 ans) sur la photo.
(Photo gracieuseté)

M. Robichaud, alors âgé de 33 ans, était en train de souper le 23 avril 1977 quand Micheline et Gilles l'ont appelé pour l'inviter au cinéma. «Ils habitaient encore dans la maison paternel et moi j'habitais sur la même rue, alors je suis allé les chercher. » Leurs deux frères, Yvon et Pierre, ainsi que la conjointe de ce dernier, Luce Forest, les attendaient déjà dans la salle.

«Yvon (29 ans) était journalier, il vivait au jour le jour et en autant qu'il avait un peu d'argent pour vivre, il n'en demandait pas plus».
(Photo gracieuseté)

« Nous sommes allés nous asseoir avec eux. Le film était l'Âge de cristal et on riait à pleine tête dans le cinéma, c'était l'une des plus belles soirées que j'avais passées. » Après la première représentation, Jacques Robichaud a décidé de retourner chez lui pour aller écouter le hockey, mais les autres ont choisi de rester pour le deuxième film et ont déclaré qu'ils allaient tous revenir ensemble.

« Micheline (15 ans) et Gilles disaient toujours si un jour on meurt, on va mourir tous ensemble. »
(Photo gracieuseté)

« Je suis redescendu seul et vers minuit, un autre de mes frères a reçu un appel comme quoi il y avait eu un accident sur la 158 et que c'était des Robichaud. » Son frère est allé voir sur les lieux de l'accident et est venu annoncer, environ une heure plus tard, à Jacques Robichaud et à son père qu'ils étaient tous morts.

« Souvent, je me dis que si j'étais resté pour le deuxième film les deux plus jeunes  seraient encore vivants puisqu'ils seraient revenus avec moi… Ce n'est pas croyable ce qu'on peut endurer avec cela. Même après 40 ans, quand j'en parle, j'ai envie de pleurer. »

Au total, l'accident, impliquant trois véhicules, a fait six morts et sept blessés. La voiture des Robichaud se dirigeait vers Saint-Jacques et suivait une petite camionnette blanche. Dans la grande courbe après la lumière de Crabtree, une voiture venant en sens inverse a tout d'abord percuté la camionnette, puis la voiture des Robichaud.  

Le conducteur de la camionnette est décédé sur le coup et les six autres occupants ont été blessés. Dans la voiture des Robichaud, aucun des cinq passagers n'a survécu. De son côté, le conducteur de la voiture fautive, Réal Lauzon, s'en est tiré avec des blessures. 

Selon les journaux de l'époque, des témoins auraient aperçu M. Lauzon zigzaguer, rouler à vive allure et prendre la courbe dans la voie de gauche. Il a été reconnu criminellement responsable et avait consommé de l'alcool.  

«Je ne lui pardonnerai jamais. On m'a dit qu'il voulait éventuellement me rencontrer, mais je ne veux rien savoir de lui. Qu'il fasse sa vie de son côté et je ferai la mienne», a mentionné M. Robichaud avec émotion.

Il a ensuite admis que chaque fois qu'il passe à cet endroit, désormais surnommé la courbe des Robichaud, il ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil et d'y penser. « J'ai encore de la difficulté à passer là, mais on ne peut pas revenir en arrière. C'était le destin, il fallait que ça arrive et il faut vivre avec.»  

Comme Jacques Robichaud était le plus vieux des garçons et que ses parents n'étaient plus en état de s'occuper de quoi que ce soit, il a entièrement pris en charge les funérailles. Les quatre Robichaud et Luce Forest ont tous été exposés le mercredi 27 avril. « Tout le village était là, ça rentrait continuellement et les gens devaient ressortir tout de suite, car il n'y avait pas de place. Le monde attendait jusqu'à l'église pour aller au salon», s'est rappelé Jacques Robichaud qui était ému de voir autant de gens.

La famille Robichaud était composée de 10 enfants (6 garçons et 4 filles). Jacques se souvient que lors du temps des Fêtes de 1976 il avait reçu tout le monde chez lui. « On avait eu du fun, mais après l'accident il n'y a jamais eu d'autres party de famille. Personne ne voulait en parler, c'était trop difficile. »

Cette année-là a d'autant plus été ardue pour M. Robichaud puisque sa femme venait d'accoucher d'une petite fille qui avait une malformation, « j'allais au salon et le lendemain j'avais rendez-vous pour mon enfant à l'hôpital Sainte-Justine.»

Par la suite, ses parents se sont séparés et son père est décédé en 1981. Quant à sa mère, elle est décédée il y a environ quatre ans à l'âge de 92 ans. M. Robichaud a également eu un accident de travail en 1989 et a été déclaré invalide.

Heureusement, il a toujours été accompagné de sa femme Diane Lafontaine lors de ces épreuves difficiles. Le 1er avril dernier ils célébraient leur 50e anniversaire de mariage et ont maintenant deux filles et deux petits-enfants. « Ma femme c'est la meilleure, c'est pour ça que je ne l'ai jamais lâchée. Elle est toujours souriante et toujours positive. »

Une photographie de la voiture, publiée dans le Journal l'Action de l'époque.