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Pas de citations dans les vitrines du centre-ville cet automne


Publié le 2 octobre 2017

Chaque automne, depuis 2003, de 300 à 400 citations avaient coutume d'envahir le centre-ville de Joliette.

©(Photo TC Media - archives)

Avec Geneviève Geoffroy LITTÉRATURE. Les passants ne verront pas de citations littéraires peintes dans les vitrines du centre-ville de Joliette cet automne, comme c'était coutume depuis 2003.

C'est ce qu'a annoncé le Collectif d'écrivains de Lanaudière (CEL), aussi connu sous le nom du regroupement Les Donneurs, à L'Action. En raison de la perte d'une subvention de 6000 $ en provenance de la Ville de Joliette depuis plusieurs années, le CEL est contraint de revoir ses activités.

À la Ville de Joliette, on confirme en effet que de 2011 à 2016, une subvention de 6000 $ par année a été octroyée pour Les Donneurs. Or, en 2017, ce soutien financier a été coupé de moitié et le conseil municipal a annoncé qu'il s'agissait de la dernière contribution au projet. C'est ainsi qu'à compter de 2018, Les Donneurs ne recevront plus de subvention issue de la ville.

Du côté du Collectif d'écrivains de Lanaudière, c'est la déception et l'incompréhension la plus totale. Jean Pierre Girard, qui préside le CEL, mentionne que la subvention était accordée pour l'ensemble des activités du collectif d'écrivains et que les citations dans les vitrines n'est qu'une des activités qui sont mises de l'avant.

« Les citations, tout le monde les aimait et les attendait. Joliette faisait parler d'elle pour les citations. C'est la déception de voir que Joliette ne nous suit plus », commente Jean Pierre Girard en précisant que ce projet attirait des milliers de personnes à Joliette et permettait à la ville de rayonner.  « Ça permettait à la littérature d'être dans la rue, au cœur de la ville, et pas seulement dans la tour d'ivoire de certains écrivains. » Chaque année, plus de 30 bénévoles s'impliquaient pour peindre et ensuite effacer les centaines de citations.

Il ajoute aussi que Les Donneurs, ce n'est pas juste les citations. Il précise que le CEL, qui existe depuis 2001, participe notamment au Prix des cinq continents de la Francophonie, remettant par la suite quelque 125 livres à la bibliothèque du Cégep de Joliette, une centaine à la Bibliothèque Rina-Lasnier et une autre centaine à des bibliothèques de la région.  Le CEL initie également des foyers d'écriture publique et il accompagne de façon particulière des clientèles comme les aînés dans des projets d'écriture.

Soutenir d'autres initiatives

Questionnée sur cette coupure d'aide financière au projet, la Ville de Joliette répond que le conseil municipal a « préféré se retirer pour pouvoir soutenir d'autres initiatives ».

Elle indique que le conseil municipal reçoit « de très nombreuses demandes de soutien financier » et qu'elle ne peut « malheureusement pas répondre positivement à toutes les demandes qui lui sont formulées ».

« En échange de sa contribution, le conseil exige des redditions de comptes pour lui permettre d'évaluer les projets soutenus et le professionnalisme des démarches financées. Dans l'analyse des demandes, le conseil municipal a le devoir de s'assurer des retombées positives pour le milieu », ajoute-t-elle.

« Est-ce que cela veut dire que le conseil municipal estime que les retombées des Donneurs n'étaient pas assez positives pour le milieu? », a demandé L'Action à la Ville.

 « Non, répond-elle. Ce n'est pas que les retombées ne sont pas positives, au contraire. Toutes les causes sont bonnes et ont des retombées pour des clientèles cibles, mais le conseil municipal doit faire des choix, c'est ainsi. »

Pas un désaveu

La Ville de Joliette soutient par ailleurs que le retrait de cette aide financière ne constitue pas « un désaveu » du Collectif d'écrivains de Lanaudière.

« Au contraire, le conseil municipal sera heureux d'accueillir d'autres demandes en provenance du regroupement qui est fort bien représenté dans la région », maintient-elle.

Refaire la demande

De son côté, Jean Pierre Girard annonce tout simplement qu'il compte refaire la même demande d'aide financière auprès de la Ville. « C'est peut-être l'occasion de reconsidérer une décision qui a été prise trop vite », croit-il.

Il insiste sur le fait que la démocratisation de la littérature, ça n'a pas de prix. « Ça ne se calcule pas avec un discours économique. C'est une idée superbe qui mérite d'être épaulée. »

Le président du CEL se dit bien conscient que le travail des Donneurs en est parfois un de l'ombre. « Accompagner une personne âgée pour qu'elle écrive un poème ou une lettre, ça prend du temps et ça se fait en particulier avec chacune des personnes », image-t-il.