Il a voulu sauver 10 minutes

Geneviève Geoffroy genevieve.geoffroy@tc.tc
Publié le 17 octobre 2016

Depuis trois ans, Jonathan Plante a rencontré plus de 10 000 jeunes dans le cadre d'une tournée de prévention avec la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail sur son accident de travail qui l'a rendu paraplégique.

©Photo TC Media - Geneviève Geoffroy

TÉMOIGNAGE. Depuis qu'il a fait une chute de trois mètres, un jeune travailleur de la construction ne peut plus se servir de ses jambes ni aller à la toilette normalement. S'il est en fauteuil roulant aujourd'hui et pour le reste de sa vie, c'est parce qu'il a voulu sauver dix minutes sur un chantier.

« On a pris un raccourci. Et ce raccourci-là, dans mon cas, neuf ans et demi plus tard, je peux vous dire que je n'ai pas sauvé une minute encore. Déjà, je peux vous confirmer que j'ai perdu ben du temps », a témoigné Jonathan Plante au cours d'une conférence-choc qu'il a donnée jeudi à plus de 200 élèves de la formation professionnelle du Centre multiservices des Samares. Autant de regards étaient rivés sur lui dans un silence presque absolu.

Aussi crus que la réalité

L'histoire de Jonathan Plante frappe. Sans artifices et dans des mots tout aussi crus que la réalité, l'ancien travailleur de la construction raconte comment il vit au quotidien les conséquences de son accident de travail, jusque dans l'intimité de la salle de bain.

« Le 12 mars 2007, j'ai carrément perdu le privilège d'aller à la salle de bain normalement, affirme-t-il. Si on me donnait le choix entre ça ou retrouver l'usage de mes jambes, je choisirais de retourner à la salle de bain normalement. Juste pour vous dire à quel point ça frappe. C'est la fierté, la dignité et l'orgueil qui mangent une claque. »

Vie sexuelle atteinte

Jonathan Plante vit aussi avec une atteinte permanente de ses fonctions sexuelles.

« Heureusement, il y a des produits qui permettent à des gens dans ma condition d'avoir une vie sexuelle “normale”. Ce n'est pas mieux, ce n'est pas pire, c'est différent », raconte-t-il.

« Ce que je trouve dommage, c'est que si ma vie sexuelle a changé le jour de mon accident, celle de ma blonde aussi », ajoute-t-il.

Jonathan Plante raconte comment lui et sa conjointe ont dû passer par de difficiles traitements in vitro pour avoir leurs deux enfants.

« Tsé, il y a des couples qui n'ont pas le choix de passer par la fécondation in vitro. Et, le 12 mars 2007, pour sauver 10 minutes, j'ai fait une croix sur ce choix-là d'avoir des enfants normalement », déplore-t-il.

Depuis trois ans, Jonathan Plante a rencontré plus de 10 000 jeunes dans le cadre d'une tournée de prévention avec la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail sur son accident de travail qui l'a rendu paraplégique.

©Photo TC Media - Geneviève Geoffroy

Comme à l'habitude

Le jour de son accident, Jonathan Plante s'est réveillé comme tous les matins vers 4h. C'était un lundi et il est allé travailler sur un chantier de construction à Mascouche. Comme charpentier-menuisier, il construisait une maison avec une équipe.

Lui et les membres de son équipe devaient se rendre au deuxième étage de la maison pour accéder au toit.

Pour ce faire, ils ont installé une planche de 2 X 10 entre le premier et le deuxième étage. Il y avait un peu de glace dessus. Les travailleurs n'ont pas installé de garde-corps. La planche était suspendue au-dessus du vide. À trois mètres en dessous se trouvait le plancher du sous-sol.

Perte d'équilibre

Jonathan Plante est tombé. En voulant lancer une extension électrique sur le plancher du deuxième étage, il a échappé une boîte de clous qu'il avait dans l'autre main. Il a perdu l'équilibre. Son corps s'est fracassé sur le plancher du sous-sol, sur le dos. Immédiatement, il a tenté de se rasseoir pour reprendre son souffle, mais en vain. C'est là qu'il a compris que quelque chose de grave venait d'arriver.

Le surlendemain, le médecin qui l'a opéré la veille lui a annoncé qu'il ne marcherait plus jamais.

Un choix « égoïste »

Aujourd'hui, Jonathan Plante dit que sa vie est « extraordinaire ». Il a deux enfants, une conjointe avec qui il ne fait qu'un ainsi que des amis et sa famille qui l'entourent.

Il a changé le hockey pour le hockey sur luge et le vélo pour le para-cyclisme.

Cependant, il trouve encore difficile que son choix « égoïste » n'ait pas seulement eu de lourdes conséquences dans sa vie, mais dans celle des autres autour de lui aussi.

« Ce bout-là, d'imposer des choses comme ça à des personnes qu'on aime, je trouve ça dommage toutes les fois », dit-il.

Quand il fait cette affirmation, Jonathan Plante pense à sa conjointe, mais aussi à ses deux enfants, dont sa fille qui l'a dernièrement dessiné debout dans un portrait de famille.

« Je lui ai demandé pourquoi. Elle m'a répondu : “je t'ai dessiné debout parce que j'aurais aimé mieux que ton accident n'arrive pas”. Des petits moments crève-cœur comme celui-là, il y en a quelques-uns de passé, mais, ce qui me fait peur, c'est qu'il y en a à venir et je pogne la chienne. Ça me fait peur parce que je ne sais pas comment je vais les gérer », témoigne-t-il.

« Ne soyez pas égoïstes. J'ai été extrêmement égoïste de penser que ça arrivait juste aux autres », prévient-il.

Par centaines

Depuis trois ans, Jonathan Plante a rencontré plus de 10 000 jeunes dans le cadre d'une tournée de prévention avec la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Il donne aussi des conférences dans des entreprises.

Chaque année au Québec, il y a près de 700 chutes, uniquement dans le secteur de la construction. D'ailleurs, en 2016, la CNESST a lancé la campagne «Gardez les pieds au sol, même en hauteur » pour inciter les employeurs et les travailleurs du secteur de la construction à prendre tous les moyens pour prévenir les chutes de hauteur.