Quand la schizophrénie mène à la découverte

Caroline Morneau caroline.morneau@tc.tc
Publié le 3 juillet 2015
Joseph J. Lanthier.
Caroline Morneau

Joseph J. Lanthier présentera sa recherche sur le système lymphatique, lors du 25e congrès mondial de lymphologie. Selon lui, ce système circulatoire aurait une incidence sur les maladies mentales, telles que la schizophrénie et la bipolarité.

L'événement se déroulera en septembre prochain, à San Francisco. Après plusieurs années de travail, sa recherche a été acceptée par le comité scientifique du congrès. «J'ai en fait prouvé qu'on peut vaincre la maladie mentale.»

Dr. Jo, comme il souhaite se faire appeler, prétend que les maladies physiques, telles que le cancer, peuvent être «prévenues» par la saine alimentation composée de fruits et de légumes, l'activité physique et la canalisation d'émotions négatives. Il cite en exemple l'angoisse, le stress ou encore la colère. «C'est ce qu'on enseigne en lymphologie. Mais jamais personne avant moi n'avait fait un lien entre cette science et la maladie mentale.»

Se gardant de dévoiler concrètement en quoi constitue sa découverte, celui qui a résidé à Joliette durant plusieurs années se contente de préciser que les vaisseaux lymphatiques se rendent au cerveau, d'où l'influence qu'ils auraient sur la santé mentale. «Pour en apprendre davantage, j'invite les gens à assister à ma conférence.»

Une pratique peu reconnue

La lymphologie est une pratique préventive méconnue et plutôt délaissée par la médecine, soutient M. Lanthier. Il ajoute que le système lymphatique, qu'il compare avec un système d'égouts, permet l'évacuation des déchets du corps humain et «aide le système immunitaire à faire son travail».

«Cette science n'intéresse pas l'industrie pharmaceutique. En médecine conventionnelle, on pose un diagnostic et on prescrit des médicaments. En lymphologie, on tombe plutôt dans la prévention.»

Dr. Jo est membre de la Société internationale de lymphologie depuis 2007, laquelle regroupe des médecins, des chirurgiens et des chercheurs. Il étudie cette «science» depuis 40 ans. Ses recherches n'ont jamais été publiées dans les journaux médicaux, puisque la pratique n'est pas formellement reconnue. «J'ai tout appris avec le Dr. Samuel West, à l'Académie internationale de lymphologie de l'Utah, aux États-Unis. Ici, le fonctionnement du système lymphatique n'est pas enseigné. Les médecins ne le connaissent pas du tout, et pourtant, il est très important.»

En 1971, M. Lanthier a été diagnostiqué schizophrène pour «délire religieux» et a été envoyé en institut psychiatrique durant près de trois ans. «Je ne suis pas schizophrène. Si je l'étais, comment expliquer que j'aie arrêté de prendre des médicaments subitement et que je sois capable de fonctionner?» Bien que les premiers diagnostics qu'il a reçus existent toujours, il a obtenu, par la suite, une nouvelle évaluation selon laquelle il n'a aucun problème d’ordre psychotique ou de trouble psychiatrique majeur.

Pour l'avenir, il souhaite fonder la Société internationale des patients afin d'enseigner aux gens à «comprendre leur corps».

Le Collège des médecins suggère la prudence

Joint par le journal L'Action, Dr. Jean-Pierre Boucher, médecin de famille à Saint-Charles-Borromée et administrateur au Collège des médecins du Québec, dit ne pas connaître la lymphologie.

«Tout ce que je peux dire, c'est qu'il faut faire attention avec les termes qu'on choisit. Il vaut mieux parler de "pratique alternative" que de "médecine".»

Au Collège des médecins du Québec, on confirme que la pratique n'est pas reconnue, puisqu'elle n'est pas appuyée par une démarche scientifique. «On peut comparer ça à l'ostéopathie et à d'autres médecines alternatives», explique Caroline Langis, coordonnatrice aux communications.

Sans déconseiller la lymphologie, elle suggère aux patients de se référer au document «Le médecin et les traitements non reconnus» publié en 2006 par le Collège des médecins. «On y trouve une série de questions que devrait se poser une personne qui souhaite entreprendre un nouveau traitement. Toute réponse négative à ces questions devrait inciter les personnes concernées à faire preuve de prudence et à s’informer davantage.»