Des producteurs de fraises inquiets

Le salaire minimum pour les cueilleurs de fraises?

Jean-Simon Fabien infolanaudiere@tc.tc
Publié le 25 juin 2013
Pour Christine Rivest, la cueillette de fraises est une excellente première expérience de travail. «On fait travailler nos jeunes en vue d'un objectif, pour les motiver et les responsabiliser».
Jean-Simon Fabien

Les membres de l'association des producteurs de fraises et de framboises du Québec sont sur le qui-vive. Un règlement sur la rémunération des cueilleurs pourrait les contraindre dès le 1er mai 2014 à payer leur main d'œuvre au salaire minimum, soit 10,15$ de l'heure, plutôt qu'au rendement, comme c'est le permet la loi présentement.

Ce changement affecterait principalement les producteurs de fraises d'été, eux qui sur une très courte période – de 3 à 5 semaines – emploient toute la main-d'œuvre locale disponible sans égards à la productivité.

L'article 4.1 du Code du travail permet depuis 2004 la rémunération au rendement. Toutefois cette clause a une date butoir: le 30 avril 2014. Si cette dernière n'est pas reconduite par décret par le gouvernement, la rémunération horaire minimale devra être appliquée à la cueillette des fraises et des framboises dès le 1er mai prochain.

«C'est serré parce que la production de fraises, ça se planifie deux ans d'avance, indique Josianne Cormier des Fermes Cormier à l'Assomption, en charge du dossier pour l'association. Pour plusieurs petits producteurs, la solution sera l'abandon de la récolte des fraises.» Mme Cormier souligne par ailleurs que la part de profit de la vente de fraises n'excède pas 10%.

«La saison de cueillette est tellement courte, qu'on ne peut pas commencer à trier les gens que nous engageons en fonction de critère. On prend tout le monde», informe quant à elle Christine Rivest, associé aux Fermes Guy Rivest à Rawdon.

Chez la famille Rivest, c'est environ une trentaine de jeunes qui cueillent les fraises six avant-midi par semaine. «Chacun va à son rythme, on a besoin de tout le monde. C'est sûr que la première année, leur taux horaire n'est pas très élevé, ils ne sont pas assez rapides. Mais après une année d'expérience, plusieurs arrivent à gagner un salaire bien au-delà du taux minimum, précise Mme Rivest. Au final, notre rémunération moyenne dépasse les normes du standard.»

Statu quo?

L'Association des producteurs a mandaté ses membres de solliciter l'appui de leurs élus régionaux. C'est ce qu'a fait Mme Cormier qui a rencontré François Legault, député de l'Assomption et Nicolas Marceau, représentant Rousseau. «Les deux nous supportent, se disant heureux que la région produise autant de fraises. Ils sont ouverts à reconduire cette clause du Code du travail, mais les pourparlers se font à un autre niveau», mentionne-t-elle.

Du côté de l'Union des producteurs agricoles (UPA), on suit d'ailleurs le dossier de près. «On sait que le dossier est à l'étude au Ministère du Travail. On souhaite que les échanges soient fructueux», commente Denis Roy, Trésorier et directeur au département des Finances et technologies à l'union.

«Il faut que la rémunération reflète le marché. Pour les fraises d'été, la période de pointe est très courte et la main d'œuvre est flexible. Le salaire en fonction du rendement est plus souple pour ce type de récolte. Pour les productions de variétés hâtives et tardives, la saison peut durer jusqu'à six mois. Dans ce cas-là, un salaire horaire fixe pour des employés stables convient», explique M. Roy.

C'est donc ce système de rémunération à deux vitesses que les producteurs souhaitent voir reconduit.