Intimidation : pas question, dit Jasmin Roy

Saint-Ambroise-de-Kildare

Louis Pelletier (Joliette) infolanaudiere@tc.tc
Publié le 11 mai 2012

Avant même de quitter l'école primaire, les filles d'ici, pour intimider leurs voisines, les traitent de «chienne», de «salope» et de «pute.»

Des mots durs qui ont visiblement estomaqué l'animateur Jasmin Roy. Celui-ci en a portant entendu bien d'autres dans le cadre de sa tournée nationale afin de contrer l'intimidation.

«C'est assez incroyable ce que j'entends. Une telle réponse, de la part d'étudiantes au secondaire, m'aurait moins surpris», a-t-il confié à L'Action, vendredi, au terme d'une rencontre de plus d'une heure au centre communautaire de Saint-Ambroise-de-Kildare.

À l'invitation de la Caisse Desjardins de Kildare, Jasmin Roy s'est entretenu avec plus de 200 jeunes de quatrième, cinquième et sixième année des écoles de Sainte-Marcelline, Sainte-Béatrix, Saint-Alphonse, Sainte-Mélanie, Saint-Ambroise-de-Kildare et Saint-Liguori.

L'intimidation, a-t-il souligné, est un phénomène étudié depuis une vingtaine d'années seulement. Jusqu'à 10 % des jeunes en sont affectés. «Au niveau moral, c'est aussi grave que d'être battu à la maison.», a-t-il martelé.

Jasmin Roy a fait la distinction entre intimidation, taxage et conflits de courte durée pour inviter les jeunes à réagir. «N'hésitez pas à dénoncer. C'est aux adultes d'intervenir. Ils ne voient pas tout ce qui se passe dans les autobus et les cours de récréation.»

«Les jeunes filles qui se font traiter de «salopes» par leur entourage sont plus à risques de se faire agresser sexuellement. Plusieurs garçons se font traiter d'homosexuels alors que la moitié ne le deviendra jamais. Des choix d'activités non traditionnels provoquent l'intimidation. La conséquence, c'est que ces garçons, souvent, décrochent des classes parce qu'ils n'ont pu réaliser leurs rêves.»

Jasmin Roy a été victime d'intimidation. Transplanté de la ville à la campagne alors qu'il entreprend sa sixième année, il a été agressé verbalement sur une base quotidienne. «Tu en arrives à ne plus poser de questions en classe, à marcher en regardant à terre afin de ne pas attirer l'attention. En un an, j'avais perdu ma joie de vivre. J'avais une boule d'anxiété en moi. Même le prof d'éducation physique riait de moi parce que je n'étais pas très fort dans son cours. Imaginez l'impact sur le groupe.»

Changer d'école, a-t-il ajouté, n'apporte pas le répit espéré. «Tu en viens à craindre que c'est ce qui t'attend pour toute la vie.»

C'est en montant sur scène, avec l'appui d'un autre enseignant, que Jasmin Roy a pu se réaliser. «À partir de ce moment, tous ont voulu devenir mes amis mais l'anxiété est, plus tard, revenue me hanter.»

Ce témoignage a fait craquer une mignonne élève âgée de 10 ans. «Je ne veux plus aller à l'école !», a-t-elle crié tandis que de grosses larmes coulaient sur ses joues.

«Tu as le droit d'aller à l'école et d'être protégée. Ça prend beaucoup de courage pour dire ce que tu viens de nous dire», a souligné Jasmin Roy en invitant l'assistance à applaudir la jeune Lanaudoise.

Au fil des questions des enfants, le terme «suicide» est revenu souvent. «Ce n'est pas la solution. Parlez-en à vos parents, aux adultes à l'école», a calmement répondu l'animateur.

Le maire de Sainte-Marcelline, Gaétan Morin, a qualifié la rencontre de très intéressante. «Le conseil est représenté au comité de l'école. Nous voulons, dit-il, aider nos jeunes.»

Le directeur général de la Caisse Desjardins Kildare, Alain Ouellette, a salué ses collègues qui ont eu l'idée d'organiser cette conférence, soit Jacinthe Faucher, Catherine Boucher et Sylvie Ayotte.

«Cette réflexion fait partie de notre mission de soutenir nos collectivités. Vous avez des projets ? N'hésitez pas, dit-il, à nous les soumettre.»