Se tirer dans le pied

Louis
Louis Cornellier
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Par les temps qui courent, les Québécois sont politiquement si confus qu’ils prennent des décisions qui leur nuisent en se croyant raisonnables. Au nom d’un supposé « réalisme », les classes moyenne et populaire se tirent littéralement dans le pied.

Comment expliquer autrement la victoire du candidat libéral à l’élection partielle dans la circonscription de Bonaventure, le 5 décembre dernier? Le parti de Jean Charest traîne comme un boulet son attitude louche et opportuniste dans le dossier de la corruption dans le monde de la construction. Son Plan Nord, qui semble conçu pour enrichir les minières au lieu du peuple, suscite plus de craintes que d’enthousiasme. Dans la semaine précédant l’élection, le rapport du vérificateur général montrait l’incompétence partisane du gouvernement dans l’attribution des places en garderies. Malgré tout, les électeurs de Bonaventure, cocus contents, lui ont réitéré leur confiance. Pas fort.

Le 2 mai 2011, pas plus perspicaces, les électeurs de la circonscription de Berthier-Maskinongé votaient pour une unilingue anglophone de l’Ontario pour les représenter. Après ça, ils se surprennent que le gouvernement Harper nomme des unilingues anglophones à des postes-clés. Quand on se méprise soi-même, comment exiger que les autres nous respectent?

Avant la Révolution tranquille, qui a permis au Québec de se doter d’un État moderne, et la Charte de la langue française, qui a imposé notre propre langue chez nous jusqu’à ce que la Cour suprême du Canada la charcute, les Québécois francophones étaient condamnés au statut de subalternes sur leur propre territoire. Ces deux grands moments de notre histoire nous permettaient enfin d’être de plus en plus maîtres chez nous. Aujourd’hui, nous assistons à une grande régression à cet égard. De trop nombreux Québécois, en effet, plaident pour une réduction du seul État qu’ils maîtrisent et se résignent à l’obligation de parler anglais. Ils veulent détruire ce qui les a sortis du trou.

On retrouve la même attitude masochiste dans le dossier des droits de scolarité. En faisant de l’accès à l’éducation supérieure un projet collectif, le Québec a permis aux gens non fortunés de s’instruire, de s’enrichir et, ce faisant, d’enrichir toute la société. L’importante augmentation des droits de scolarité annoncée par le gouvernement Charest cette année met en péril ce modèle. Les Québécois acceptent cet assaut contre la justice sociale parce que quelques commentateurs de droite, qui sévissent à TVA, à V, au Journal de Montréal et à La Presse, les ont convaincus que l’État n’a plus les moyens de payer pour ça.

Or, si l’État manque d’argent, c’est parce qu’il se prive volontairement de revenus. Au fédéral, pour prendre un seul exemple, le taux d’imposition sur le revenu des entreprises est passé de 29,1 %, en 2000, à 15 %, en 2012. Ce taux est de 36 % inférieur à celui qui est en vigueur aux États-Unis, le paradis du capitalisme sauvage! C’est là, notamment, et dans la lutte contre les paradis fiscaux, qu’il faut aller chercher l’argent pour financer des programmes qui bénéficient à tous. Il est vrai qu’il est plus facile de fesser sur les étudiants que sur les copains fortunés de nos dirigeants.

L’art de se nuire à soi-même se retrouve aussi dans un discours antisyndical de plus en plus répandu. Le syndicalisme n’a rien à voir avec l’approche pègreuse des gros bras de la FTQ-Construction. Il s’agit du droit pour les travailleurs de s’associer pour revendiquer des conditions de travail et des salaires décents et justes. Chez Couche-Tard, par exemple, les employés réclament quatre journées de maladie par année, l’installation d’un bouton de panique en cas de vol à main armée et un salaire qui atteindrait 12,50 $ l’heure après quatre ans. La richissime multinationale trouve que c’est trop. À l’instar de Wal-Mart, elle préfère les esclaves aux employés. Les Québécois, qui ont souvent pu accéder à la classe moyenne grâce au syndicalisme, ne semblent pas s’en offusquer.

Pour 2012, les Québécois devraient prendre la résolution de cesser de se tirer dans le pied. Ils devraient se réveiller et se rendre compte que les partis fédéralistes, Charest, Legault et le Conseil du patronat ne travaillent pas pour eux.

Note : cette chronique reviendra le 1er février prochain.

Organisations: Cour suprême du Canada, Journal de Montréal, La Presse Couche-Tard Wal-Mart Conseil du patronat

Lieux géographiques: Bonaventure, Québec, Plan Nord Ontario États-Unis Bras de la FTQ-Construction

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  • Jean Ducharme
    30 décembre 2011 - 20:33

    Au référendum de 1995, les fédéralistes ont eu peur, très peur. Ils ont alors conçu un plan afin de contrer le séparatisme. Je vous suggère de lire le livre de chevet de Jean Charest "L'art de la guerre" de Sun TZU,écrit 650 ans avant Jésus-Christ. L'art de la guerre c'est vaincre l'ennemi sans trop livrer bataille, enfin avec le moindre d'effort et de perte. Il s'agit simplement de démobiliser les forces vives de l'ennemie par toutes sortes de tactiques. 1e. Prendre le pouvoir par toutes sortes de moyens, tous les coups sont permis: promesses de baisses de taxes, de régler en quelques mois le problème de congestion du système de santé, promesses de défusions municipales, etc. etc. 2e. Développer le cynisme des citoyens envers toute la classe politique: en ne respectant pas ses promesses électorales (de toute façon elles étaient irréalistes), en entraînant l'ennemi dans des débats aux attaques personnelles, aux insultes, (tête de slinky); 3e. Contrôler les batailles en décidant du front: les plus menaçants de toutes les sociétés ce sont les jeunes. On attise leur frustration sur le front des frais de scolarité. Ainsi, on a une double victoire, soit de les occuper tout en les faisant passer pour des enfants gâtés; 4e. Contrôler l'information. Main-mise sur les médias en attisant le cynisme et en diminuant l'ennemi. Lui envoyer une image négative par un qu'ils croient des leurs et qui leur martelle que leurs systèmes de santé et d'éducation sont pourris et qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens, couper les jeunes de leur histoire; 5e. Les minoriser petit à petit en contrôlant l'immigration qui s'intègrera à la grande majorité anglophone; 6e. Une telle stratégie coûte cher, très très cher, alors par la collusion et la corruption on finance le tout avec des enveloppes brunes. Un bénéfice secondaire à cette stratégie est qu'on les appauvris un peu aussi. 7e. On les endettes et on leur fait croire qu'ils sont dépendants. On leur offre des services , beaucoup de services, qu'ils croient eux-mêmes financés par leurs riches voisins; 8e. On affaiblit leurs institutions et leurs symboles nationaux au plan des affaires, du sport, de la culture et des instruments économiques (caisse de dépôt, Hydro Québec). On embauche des unilingues anglophones leurs laissant croire que les francophones sont incompétents; 9e. On brade leurs ressources aux plus offrants car, s'ils se croient riches, ils voudront devenir indépendants; 10e. On feit de les défendre quand ça ne fait pas trop mal aux amis. On joue les vierges offensées dans le dossier de la loi sur les jeunes contrevenants et sur celui du registre des armes à feu! Analysez les faits sous l'angle d'une guerre sournoise, et vous constaterez qu'on est en voie de la perdre cette guerre! Ce sont des ennemis du peuple qui sont au pouvoir et qui changeront de visage sous peu! Des cocu contents dites-vous. Des vaincus, en déroute!

  • Jacques Famery
    27 décembre 2011 - 20:41

    ''Malgré tout, les électeurs de Bonaventure, cocus contents, lui ont réitéré leur confiance. Pas fort. et Le 2 mai 2011, pas plus perspicaces...etc'' Quant ces gens ''cocus contents'' ou les 'pas plus perspicaces'' votaient pour le PQ ou le Bloc, ils étaient quoi? Des électeurs brillants, perspicaces? Votre partisannerie vous aveuglent complètement. Je comprend que vous paniquiez parce que vous savez qu'il se passe quelques chose, mais vous ne savez pas quoi ou ne voulez pas comprendre que les gens sont de ''très mauvaises humeurs'' et sont près à voter pour n'importe qui, qui amènera du nouveau, et le PQ représente du vieux et le PLQ aussi. Les mois prochains seront un test pour la CAQ, et si il ne présente rien de plus et si rien ne se produit qui mette en valeur leur vision...le PLQ reprendra le pouvoir, parce que c'est encore une valeur sûre, surtout si M. Charest se retire pour raison de santé...

    • Jacques Famery
      31 décembre 2011 - 20:42

      Je suis en train d'écouter l'émission ''Tout le monde en parle'' du 31 décembre et je suis obligé de reprendre votre: ''Le 2 mai 2011, pas plus perspicaces, les électeurs de la circonscription de Berthier-Maskinongé votaient pour une unilingue anglophone de l’Ontario pour les représenter.'' J'en viens a croire que les électeurs de Berthier étaient pas mal plus perspicaces que vous pensez, parce que votre unilingue anglaise parle mieux français que bien des ''pures laines'' et certainement mieux que Mme Marois en anglais et ce en moins de 6 mois! En même temps, on a pu découvrir le député Boulerice...pas pire pour un poteau! Il éclipse pas mal d'anciens du Bloc, qui n'était pas tous des vedettes contrairement à ce que vous laissez sous entendre. Dans 4 ans, je crois que vous allez être très déçu.

  • françois Duranleau
    22 décembre 2011 - 19:52

    Se réveiller... pour mettre le PQ au pouvoir? Quel cauchemar! Rendormez-moi SVP. Ne pas oublier, non plus, que si le Québec a eu besoin d'une révolution tranquille, c'est qu'il avait subi l'isolement du régime "nationaleux" et clérical de Duplessis. Si on avait poursuivi avec les politiques de Godbout on n'en serait pas là!

  • Sylvie Joly
    21 décembre 2011 - 10:01

    merci Monsieur Cornellier pour ce billet éclairant. À propos des employés de chez Couche-Tard qui ont décidé de se syndiquer, je crois qu'ils reçoivent de plus en plus d'appuis de la population. L'accueil, quand ils manifestent devant des succursales, est très positif par les clients. Vous dites vrai quant à leur lutte si essentielle : elle touche le droit même à la syndicalisation pour les personnes les plus précaires.