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Chronique de Riens : De l’importance d’un papier Q de qualité

Photo gracieuseté

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Jean Pierre Girard
Publié le 28 Juin 2011
Publié le 28 Juin 2011
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Je dérogerai aujourd’hui du titre de cette chronique, et ne vous parlerai pas d’un rien. On aborde une nécessité cette fois, ni plus ni moins.

Sujets :
États-Unien , SAAQ , Chine

Les premiers papiers toilettes ont été fabriqués en Chine au XIV (mais seul l’Empereur y avait droit). C’est un États-Unien, Joseph Gayetti, en 1857, constatant que l’homme était le seul animal à s’essuyer après avoir déféqué, qui a fabriqué industriellement du papier pour des besoins hygiéniques. (Il fait même écrire son nom sur ses produits : joyeuse initiative, non ? j’aime bien ce type.) À travers les siècles, et selon les pays, le niveau de richesse et les cultures, on a utilisé, pour l’odorante besogne, laine, dentelle, chanvre, végétaux, poireaux (!) ou… la main gauche.

Bref, traditionnellement, il y a toujours eu un certain soin accordé à ce noble labeur. Dans les petits gestes à la base d’une société civilisée réside d’ailleurs la preuve du respect que nous nous devons les uns aux autres. Or, quel est le problème, dans les centres commerciaux, certaines écoles ou restos, les bureaux de la SAAQ, ceux des passeports, l’hôpital, le cégep ? Eh bien, littéralement, on nous force à s’essuyer avec du papier sablé ; une matière rugueuse, blessante, offensante. Du papier Q qui blesse son homme. On en est à ça, au début du XXI siècle.

Il faut comprendre que sans parler de l’inconfort associé à l’hebdomadaire traitement au moment du supplice, certains papiers génèrent systématiquement, dans la solitude inhérente de l’œuvre de nettoyage, non pas seulement un ou deux jurons, mais bien l’amorce d’une façon de vivre le reste de la journée : là où on voudrait du doux, du triple épaisseur, un minou blanc, on se fait remonter l’hémorroïde jusqu’au plexus solaire.

J’irai plus loin. Dans certaines latrines (je vous rappelle qu’à une autre époque, on les appelait « lieux d’aisance »), la chose, on va dire le « papier », est d’une minceur comique (il faut faire quatre plis pour se protéger les doigts, donc en utiliser le triple, où est l’économie ?), et d’une rugosité qui évoque l’ébénisterie. Forcément, l’inconfort susdit finit par remonter à la tête de l’utilisateur, et ça n’a rien d’une métaphore, car dans les faits, quelle est l’hypothèse la plus probable ? Nous voilà vaguement irrités, oh, pas grand-chose, nous nous adressons un rien plus sèchement au collègue qui nous demande un crayon, nous disons à un étudiant de revenir plus tard, nous claquons la porte à la maison, la lessive n’est pas faite, nous claquons une autre porte, nous disons: va réfléchir dans ta chambre. Des riens : et on ne sait pas d’où ils viennent.

Il y a des gens dont le métier est de penser à ces détails. Or, ils veulent sauver vingt-cinq cennes. Eh bien mon Q, si je peux me permettre. Deux piastres pour huit rouleaux, c’est non, il faut se rebeller. Une entreprise qui dépense des milliers de dollars pour accommoder ses employés, qui monte des comités de relations de travail, qui assouplit le calendrier des congés, qui offre des heures flexibles aux parents d’enfants de moins de 14 ans et des retenus d’impôts sur le salaire, pourrait se pencher un moment sur l’importance d’un papier Q de qualité.

Soignons nos orifices comme elles le méritent, respectons-nous à partir du bas, disons, et exigeons que notre employeur ait une pensée pour ce geste souverain. (Et pourquoi ne pas suggérer aux commerces et institutions concernés de voir à l’affaire, et ensuite, si le message ne passe pas, pourquoi ne pas limiter notre consommation de produits dans ces lieux qui nous considèrent comme des deux-par-quatre pas rabotés? Allons encore plus loin. Pourquoi ceux qui se penchent présentement sur la désaffection de la population envers le politique n’envisagent-ils pas qu’un peuple qui se torche avec du papier sablé n’a plus envie d’aller voter ? N’est-ce pas une hypothèse valable ? Qui se soucie de nous ?)

Et s’il le faut, que chacun traîne son rouleau de papier Q ou son poireau (ça ferait un super tableau surréaliste…), et les employeurs dignes de ce nom, les députés dignes de ce nom, et les ministres, s’il y en a encore qui méritent cette stature, sauront par où commence une conversation constructive. Je signe avec une fierté anusienne cette chronique : jeanpierregirard.com

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Line
    - 30 Juin 2011 à 14:32:22

    Bonjour, Monsieur. Cela m'est arrivé récemment dans un hôtel assez luxueux de Joliette. Le papier de toilette était mince à faire peur et rugueux à souhait. De plus, il n'en restait pas suffisamment pour finir convenablement ma besogne. Comble de malchance, je n'avais aucun voisin de cabine à qui j'aurais pu, à la limite, faire un quelconque emprunt. La prochaine fois que j'irai à cet endroit, puisque j'y retournerai, j'apporterai mon propre papier hygiénique, le plus épais et le plus doux qui soit. Excellente chronique. Bravo !

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