L'événement Les Donneurs, c'est "l'accident de la rencontre", cette heureuse convergence entre le vaste public et des férus de littérature. En cette 10e édition, plus d'une trentaine écrivains publics, aguerris, offraient idées et services de plume aux intéressés dans plusieurs établissements de Joliette.
Le 5 novembre dernier, les artistes ont pris d'assaut la ville, terminant ainsi l'hommage littéraire débuté le 1er novembre. En fait, cette tradition automnale se perpétue depuis 2001. Le public a d'ailleurs pu s'initier à l'événement à la lecture des citations, cocasses ou existentielles, écrites dans les vitrines de divers commerces du centre-ville. «C'est un bonheur pour moi de voir la réaction des gens qui s'arrêtent pour les lire», confie Jean-Pierre Girard, initiateur du projet, de concert avec le Collectif d'écrivains de Lanaudière (CEL). Ces 400 citations du corpus littéraire mondial jouent un rôle d'envergure dans l'ambitieux projet de la démocratisation de cette forme d'art, puisqu'elles sont lues par quelque 115 000 curieux.
Dans les "foyers d'écriture publique" du 5 novembre, le vaste public avait droit à une rencontre souvent inédite avec les écrivains. «Ça peut être intimidant pour la plupart des gens, comme si nous étions sur un piédestal. Ils en descendent aujourd'hui afin de démystifier l'écriture qui est à la portée de tous. Tout le monde peut pédaler, même si ce n'est pas pour le Tour de France !», soutient M. Girard. Y a-t-il un meilleur public? «Aucun! Chacun a ses propres demandes, de la fillette qui veut un poème pour un copain de son âge, en passant par l'époux qui réclame de l'aide pour la rédaction d'une lettre pour sa femme sur le point de mourir », répond l'écrivain.
C'est d'ailleurs ce qui a séduit Gaëtan Brulotte, professeur de littérature française et québécoise à l'Université South Florida: «L'écrivain a le temps de rédiger, de peaufiner, il est dans un processus de réflexion. Le défi ici est d'être dans la spontanéité, en lien direct avec le public.» Cet écrivain s'adresse généralement à un public loin d'être néophyte, et souhaite que ses œuvres s'inscrivent dans le temps. Pourtant, il avoue que l'événement joliettain l'intimide: «J'ai le trac! Je peux me heurter à la page blanche. Par manque de temps, on doit automatiquement s'enlever de l'idée qu'on créera un chef-d'œuvre.»
Le métier d'écrivain public n'est pas récent. Il y a un demi-millénaire déjà, plusieurs le pratiquaient à Marrakech, et la tâche est toujours accomplie encore aujourd'hui en Belgique. Par contre, le but visé ne concernait que la rédaction utilitaire en soutien aux analphabètes. Le CEL a donc remanié le concept, visant l'écriture de textes plus ludiques. L'idée a fait son chemin, et dans plusieurs villes à travers le monde, on organise le même type d'événement. «C'est le contraire du concept du droit d'auteur, si on veut que la littérature soit démocratisée. Dans ce cas-ci, notre idée n'est pas volée et ne demande qu'à être reprise», explique M. Girard. Ainsi, cette forme d'art ne doit pas rester en vase clos, puisque "tout ce qui n'est pas donné est perdu."
