Évidemment selon nos conditions de conservation, c'est-à-dire notre cellier, les critères affichés par les oenologues peuvent être modifiés. Et pourquoi garder des vins si on aboutit à un échec? Et les attentes! On veut des nectars qui font couper le souffle, arrêter le coeur de battre tellement les arômes et leurs présences en bouche nous impressionneraient. On ne veut pas de vin dans leur pente descendante, ce qui nous met en rogne: perte financière, perte de jouissance de la vie et le goût d'abandonner.
Pour ce faire, doit-on s'en remettre au hasard ou accumuler plein d'informations sur les vins de notre cave ou se fier à une personne de confiance ? Et même, il faut admettre des différences entre deux bouteilles de même millésime si elle possède un bouchon de liège. De l'incertitude.
Voici trois règles qui semblent faire preuve de sagesse concernant le moment propice de boire nos vins dormant au cellier:
Considérons d'abord que vous avez une cave à vins respectant les normes de base: éclairage faible, pas de vibration, température fraîche, humidité adéquate et choix de vins de bonne valeur. Ceci étant dit, on établit que la grande majorité des vins de modeste stature (comme cabernets chiliens, les côtes-du-Rhône-village, les valpolicellas, les tempranillos espagnols, les malbecs d'Argentine, les merlots de la Californie, les pinots noirs des petites appellations de la Bourgogne, le chianti et les petits millésimes pour les vins de milieu de gamme) devraient être bus entre 4 et 5 ans après leur mise en bouteille. Alors, pour être concret, tous ces vins, qu'on appelle modestes, plus vieux que 2006 devraient être bus. Ils ont pour la plupart atteint leur apogée. Il n'y a pas de science exacte en la matière, mais des expériences réussies. C'est la règle de 5 ans.
D'autre part, je peux cataloguer à la lumière de mes lectures et de mes expériences (depuis 1980), des vins de milieu de gamme (des vins possédant une structure assez solide et corsée, aux arômes peu épanouis dans leur enfance, à la bonne acidité, qui s'amélioreront et charmeront celui qui sait attendre). Ceux-ci peuvent atteindre leur apogée (là, ils sont au meilleur de leur capacité) au bout de 10 ans. Les boire entre 8 et 10 ans après leur embouteillage serait une sage décision. Je veux parler d'abord des appellations régionales françaises dans les côtes-du-Rhône (Chateauneuf-du-Pape, Gigondas, Côte-Rôti, Vacqueras....), les Graves, les Saint-Émilion, les Mercury, les Côtes-de-Beaunes, les cahors; en Italie comme les Chiantis classico, les Brunello, ou les cabernets sauvignons américains et j'ajouterais les pinots noirs de la Willamette Valley, de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie, de Niagara Falls (clos Jordane). On les décante soigneusement et on commence à boire les 2001 et les 2002. Après ces années, le risque d'être déçu est moins grand. On suit la règle de 10 ans. Vaut mieux boire plus jeune que trop vieux.
Évidemment, on n'oublie pas les vins haut de gamme (des vins qui dans leur enfance ont des tanins volumineux, serrés, gommeux, de bons goûts et une puissance aromatique à venir et sans amertume gênante). Ces vins peuvent franchir la barre des 15 ans et parfois plus haute dans les grands millésimes. Leur structure s'assouplira en bouteille et les arômes s'épanouiront. Si on les respecte, en leur donnant des bonnes conditions de garde, on peut être récompensés. En revanche, ces vins dans les petits millésimes devraient être bus plus jeunes. Cela dit, dans cette catégorie, nous classons les grands bordeaux classés, les premiers crus bourguignons, les super Toscans, les grands vins du Priorat, de la Rioja, l'Amarone, le Barolo, les grands cabernets sauvignons de la Californie, de l'Australie et même du Canada (Osoyoos Larose). Au demeurant, ils ont fait leur preuve maintes et maintes fois. On les manipule prudemment, on les décante et on les boit avec des vinophiles. Dégustation oblige! Ils ont été payés à gros prix et partager le prix à plusieurs relève de la sagesse.
Quant aux blancs, leur espérance de vie est plutôt courte. Les boire jeunes, en général, s'avère judicieux. Certes, il y a les grands blancs. Mais je préfère en parler dans une autre chronique.
Dégustons quelques vins à prix abordable.
Grand coronas 2007, réserva, Torrès, Espagne, cabernet sauvignon et tempranillo (15 %) 19,95 $Un vin qui plaît d'emblée par sa teinte profonde et ses arômes de fruits rouges, d'épices (poivre, cannelle...), l'herbe séchée, alcool et le chêne américain torréfié. Moyennement ample, fruité, doté de tanins volumineux de bon goût, râpeux sans déranger, il s'impose par son caractère original, sa structure, son fruit et sa grande longueur. Avec une rosette de Lyon aux fines herbes. Très bon. Un vin musclé.
Champs Martin, Mercury 1er cru par Larenzon 2009, pinot noir, 47,25 $Rouge rubis très foncé, il nous révèle des arômes de fruits rouges bien mûrs, de cerise noire, de vanille, de poivre noir et torréfaction. Moyennement ample, fruité, élégant, soyeux, acidité vive et des tanins fins, enrobés et de bon goût. D'une grande longueur. Vin d'une grande année, d'un bon terroir et très dispendieux. Mais en Bourgogne le prix demandé est faible pour ce bon vin généreux non boisé. Un vin pour les riches.
Rasteau, côtes-du-Rhône villages 2009, 14,5%, cinsault, syrah, grenache, 19,75 $Robe cerise noire presque jus de raisins Welch et débordant d'arômes de fruits noirs, d'épices (poivre, vanille) et l'alcool. Et quelle ampleur en bouche! Du fruit, de la rondeur (alcool) et des tanins volumineux, enrobés et astringents, viril, massif avec des tanins fruités agrémentés d'arôme de bois vert. Une amertume s'installe malheureusement. Un gigot d'agneau aux herbes avec sauce au vin rouge.
Le Macchiole 2009, Bolgheri (Toscane), merlot, cabernet sauvignon, syrah, 27,60 $D'un rouge rubis accentué et aux arômes épanouis et envoûtants de violette, de fruits rouges et noirs bien mûrs, alcool, betteraves rouges, épices comme poivre, cannelle, il nous offre une bouche explosive, de grande amplitude, du fruit à la pelle, des tanins aimables au début puis râpeux en fin de bouche. Un vin jeune, corpulent et excellent au repas. Du gros vin!
Carpineto Farnito, Chianti Classico (Toscane) 2010, sangiovese, 29,20 $Voici un vin d'assemblage issu de raisins récoltés sur des collines de Florence ou de Sienne. Un bon vin fruité, corpulent et plaisant. Ses arômes de fruits rouges, de cerise, terre, viande, de bois torréfié et épices (cannelle...). Mi-corsé, aux tanins fins, sans rugosité et une finale longue sur une petite amertume de la jeunesse. Un vin sans esbroufe, au bon rapport qualité-prix, et envahissant. Très bon. Une virilité impressionnante.
Chateau Branaire (Duluc-Ducru) 1995, grand cru classé Saint-Julien, cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot.Rubis foncé aux reflets grenat affichant des arômes de cassis, confiture, truffe, pruneaux, venaison et épices. De grande ampleur, fruitée, corsée, sa bouche est dotée de tanins volumineux de bon goût et peu astringents. Une grande longueur s'ensuit. Une grande année, un très bon vin et de bonne garde. Il valait la peine de l'attendre. À son meilleur.
