Je suis parfois gêné de voir notre premier ministre faire la leçon aux autres alors que nous vivons dans une maison de verre. Ainsi, cette semaine, le premier ministre Charest a été pris à partie par des syndicalistes et des scientifiques au cours de son voyage en Inde. Le Québec est pointé du doigt parce qu'il persiste à exporter dans les pays en développement une ressource naturelle qui menace la vie des travailleurs.
Il s'agit de l'amiante, un produit hautement cancérigène, banni d'une quarantaine de pays industrialisés. Là-dessus, Jean Charest demeure imperturbable, il préfère protéger l'économie d'une partie de Chaudière-Appalaches, plutôt que la santé de milliers d'êtres humains à l'autre bout de la planète.
C'est le même premier ministre qui fustige son homologue fédéral parce qu'il protège l'économie de l'Alberta et ses sables bitumineux au détriment de l'environnement. Le chef du gouvernement, qui se targue d'être le plus vert au Canada, ne prêche vraiment pas par l'exemple.
J'étais sidéré de voir un reportage de Radio-Canada montrant les conditions de travail des travailleurs indiens appelés à manipuler l'amiante québécoise. On y voyait des gens ne portant aucun équipement de protection, sinon un mouchoir, dans un environnement saturé de poussière d'amiante. L'énergie statique faisait coller de grandes quantités de fibres aux vêtements de ces pauvres hères.
C'est de la pure hypocrisie de la part du gouvernement du Québec que de continuer à être complice de la mort de travailleurs étrangers pour sauvegarder quelques milliers d'emplois dans des circonscriptions occupées par des députés libéraux au provincial et le ministre des Ressources naturelles, Christian Paradis, au fédéral.
Jean Charest place une confiance aveugle dans les scientifiques lorsque ceux-ci affirment que les gaz à effet de serre sont responsables des changements climatiques. Il est le premier à accuser les conservateurs d'ignorer le consensus scientifique. Dans le cas de l'amiante, M. Charest rejette du revers de la main les prétentions des scientifiques qui condamnent l'usage de l'amiante. Ils sont 108 savants qui réclament le bannissement de l'amiante et l'arrêt des exportations québécoises vers des pays en développement. Peut-on parler d'un consensus scientifique ?
Dorénavant, lorsque Jean Charest s'en prendra à l'Alberta, je me souviendrai que notre premier ministre a deux politiques environnementales, une qui vise d'abord la protection des emplois au Québec et une autre privilégiant la protection de l'environnement ailleurs au Canada.
D'ailleurs, avec ses propres performances, le gouvernement Charest ne peut certes pas se prendre pour le géant vert. On apprenait mercredi que les émissions de gaz à effet de serre avaient augmenté de 3,7 % de 2006 à 2007. Actuellement, le Québec dépasse de 5,6 %, ses émissions de 1990. Pourtant, l'objectif de Kyoto est de 6 % de moins qu'en 1990.
Ce n'est pas la première fois que Jean Charest parle des deux côtés de la bouche en même temps. Rappelons-nous toutes ces années où le gouvernement du Québec se disait étouffé financièrement en raison du déséquilibre fiscal avec Ottawa. Qu'a fait Jean Charest lorsque le gouvernement Harper a réglé la question ? Il a réduit les impôts d'autant, soulevant la grogne des autres provinces.
J'ai bien hâte d'entendre le discours québécois lorsqu'on se mettra à exploiter le pétrole présent dans le golfe Saint-Laurent.
André Nadeau
La maison de verre
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