Daniel Beauchamp de Saint-Jacques fait partie de ces producteurs qui sont un peu frileux face aux médias surtout lorsqu'il est question des revenus. Il vient toutefois d'envoyer une lettre ouverte, un cri du cœur, précise-t-il, aux députés de la commission de l'Agriculture du Québec qui s'intéressent ces temps-ci sur le rôle que joue, ou ne joue pas, la Financière agricole.
«Mes parents, Fernand Beauchamp et Huguette Riquier, ont acheté la ferme en 1958. Il y avait quelques vaches et des cochons lorsque j'ai pris la relève en 1990. J'y ai apporté des changements majeurs au niveau des bâtiments. Je suis un «naisseur finisseur», ce qui signifie que je mets les porcelets au monde, je les engraisse jusqu'à ce qu'ils soient prêts pour l'abattoir qui en réclame toujours plus.»
Le Lanaudois paie des milliers de dollars chaque année pour une assurance conçue pour lui garantir un revenu stabilisé entre ses coûts de production et le prix de vente. Depuis 2009, déplore-t-il, le coût d'opérations est sous-évalué par la Financière. Les fermes familiales indépendantes, un modèle pourtant louangé sur bien des tribunes, sont les moins bien compensées.
Il y a quelques années encore, le Québec comptait 3 000 fermes porcines indépendantes. Depuis la crise du porc, 430 ont fermé et des milliers d'autres ont été soit achetées ou sont devenues des sous-traitants pour des intégrateurs.
«Produire un porcelet de 25 kilogrammes nous coûte 60 $ alors que les intégrateurs en importent d'Ontario à 35 $. Au niveau des céréales, le prix du maïs est rapidement passé de 200 à 340 $ la tonne. Une situation qui affaiblit encore les petites fermes indépendantes», déplore-t-il.
Daniel Beauchamp est fier d'expliquer que sa terre de 122 arpents, ses bâtiments, son tracteur, son petit camion et sa maison sont entièrement payés. Ces temps-ci toutefois, il a deux prêts à rembourser.
Au cours de la dernière année, le prix de la carcasse de porc évidée a momentanément atteint 89 cents la livre. Il a depuis planté à 73 cents. «Si quelqu'un arrive à faire ses frais à ce prix, j'aimerais bien connaître sa recette. Au niveau des fermes indépendantes, personne n'arrive plus.»
«Mes journées commencent à six heures pour rarement se terminer avant 22 h. Depuis deux ans, je n'ai rien ajouté, juste remplacé ce qui brisait. Mon salaire hebdomadaire a plutôt l'air d'une allocation. La partie cultivable de ma terre est louée à un voisin. Cela m'évite de m'éloigner de la porcherie et d'acheter l'équipement nécessaire pour les grandes cultures.»
Faut-il alors changer de production ? Aller dans la valeur ajoutée en fabriquant des saucisses ? Cela sous-entend, conclut le producteur, de coûteux investissements.
